Résumé

Ce soir-là, Louis, seize ans, n’est pas rentré à la maison. Anne, sa mère, dans ce village de Bretagne, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, voit sa vie dévorée par l’attente, par l’absence qui questionne la vie du couple et redessine celle de toute la famille.
Chaque jour, aux bords de la folie, aux limites de la douleur, Anne attend le bateau qui lui ramènera son fils. Pour survivre, elle lui écrit la fête insensée qu’elle offrira pour son retour. Telle une tragédie implacable, l’histoire se resserre sur un amour maternel infini.
Avec Une longue impatience, Gaëlle Josse signe un roman d’une grande retenue et d’une humanité rare, et un bouleversant portrait de femme, secrète, généreuse et fière. Anne incarne toutes les mères qui tiennent debout contre vents et marées.
« C’est une nuit interminable. En mer le vent s’est levé, il secoue les volets jusqu’ici, il mugit sous les portes, on croirait entendre une voix humaine, une longue plainte, et je m’efforce de ne pas penser aux vieilles légendes de mer de mon enfance, qui me font encore frémir. Je suis seule, au milieu de la nuit, au milieu du vent. Je devine que désormais, ce sera chaque jour tempête. »

Mon Commentaire

Un petit village de Bretagne, quelques années après la seconde guerre mondiale. On y rencontre Anne, une belle jeune femme mère de Louis, un adolescent un peu livré à lui-même depuis la disparition d’Yvon le Floch, son pêcheur de père. Un jour, Anne se remarie avec Etienne Quémeneur, un très bon parti, puisqu’il est le fils du pharmacien que bon nombre de jeunes filles en âge de se marier convoitaient...Etienne, amoureux d’Anne depuis la première heure, a juré à sa promise d’élever et d’aimer Louis comme son propre fils...

Mais pourtant, un soir, alors qu’Anne et ses deux tout jeunes enfants attendent qu’Etienne ferme le magasin pour dîner, l’inquiétude monte : Louis, âgé désormais de 16 ans, n’est pas rentré pas à la maison...Que lui est-il arrivé ? Est-ce juste une fugue, a -t-il fait une mauvaise rencontre ?
« Une longue impatience », c’est le récit complet de la vie d’une jeune femme et surtout d’une mère dans cette Bretagne sauvage à la sortie de la guerre. A mesure des pages qu’on tourne, on y découvre sa vie de jeune fille, devenue rapidement femme amoureuse et attentive, vivant dans des conditions très modestes. Puis surtout celle d’une mère, dont l’existence qui aurait pu être simplement dorée après son remariage, s’est graduellement réduite à pas grand-chose, à mesure qu’elle réalise avoir perdu la trace de son fils aîné. Ses sentiments maternels sont poignants, à la fois pleins d’un espoir qui se délite au fil du temps, mais elle continue à lui écrire, en imaginant le jour de leurs retrouvailles. Difficile néanmoins de parvenir à concilier son rôle d’épouse fidèle et disponible et de diffuser ces mêmes sentiments d’amour auprès des deux plus jeunes de ses enfants.
Ce roman magnifique diffuse une intense émotion au fil des pages, tant le talent de Gaëlle Cosse nous transporte dans une atmosphère en dehors du temps. C’est un drame familial où l’espoir ne disparaît jamais, car cette femme n’a qu’un objectif en tête, guetter le retour de quelqu’un qu’elle ne peut oublier.
Dans sa résistance stoïque, cette mère nous montre l’infinie délicatesse des sentiments qui s’entremêlent. On aborde alors tour à tour l’injustice, l’abandon, la précarité, la réputation sociale face au qu’en dira t on, le remords, la culpabilité mais aussi le respect, la fierté et la dignité et l’instinct de survie.
Un sublime roman délicat à découvrir d’urgence. Il s’agit du cinquième opus de Gaëlle Josse, qu’on a envie de découvrir le reste de l’œuvre.

Ma note : 18/20

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