Résumé

Quand tu rencontreras de grands personnages, des hommes importants, promets-moi de leur dire : au n° 16 de la rue Grande-Pohulanka, à Wilno, habitait M. Piekielny..." 
Quand il fit la promesse à ce M. Piekielny, son voisin, qui ressemblait à "une souris triste", Roman Kacew était enfant. Devenu adulte, résistant, diplomate, écrivain sous le nom de Romain Gary, il s’en est toujours acquitté : "Des estrades de l’ONU à l’Ambassade de Londres, du Palais Fédéral de Berne à l’Élysée, devant Charles de Gaulle et Vichinsky, devant les hauts dignitaires et les bâtisseurs pour mille ans, je n’ai jamais manqué de mentionner l’existence du petit homme", raconte-t-il dans La promesse de l’aube, son autobiographie romancée. 
Un jour de mai, des hasards m’ont jeté devant le n° 16 de la rue Grande-Pohulanka. J’ai décidé, ce jour-là, de partir à la recherche d’un certain M. Piekielny.» 

Mon Commentaire

« Un certain M.Piekielny » est un roman original, puisque son simple point de départ est une phrase, « au n° 16 de la rue Grande-Pohulanka, à Wilno, habitait M. Piekielny..." que le jeune Roman Kalcew - futur célèbre Romain Gary - s’est engagé à répéter à tous ses interlocuteurs durant sa vie.

Comment à partir de ces quelques mots – certes indiqués dans le chapitre VII des « Promesses de l’aube » du romancier et connus par ses lecteurs inconditionnels – peut-on être tenté d’en savoir plus sur ce personnage, ayant vécu à la fin des années 30, à Wilno (ex Vilnius, Lituanie). Qui était il vraiment, un simple voisin ou un véritable ami de la famille Kacew? A t il véritablement existé ? Et dans l’affirmative, pourquoi une telle demande auprès d’un gamin comme Roman ?

Par les hasards de la vie, François Henri Désérable, perdu en Lituanie, a voulu ici mener son enquête pour retrouver les traces de ce M. Piekielny, d’abord en se rendant sur place, plusieurs décennies après la fin de la seconde guerre mondiale qui a bouleversé les équilibres nationaux, politiques et religieux du pays. Puis en tentant de recouper les témoignages de descendants d’habitants du quartier, en retrouvant des documents permettant de retracer comment le quartier a été dévasté par les rafles nazies, avec l’extermination de populations entières à la clé.

Le livre ainsi construit  tout en rendant un vibrant hommage aux martyrs du nazisme, éclaire le lecteur sur la tyrannie opérée sur le Juifs sous le regard neutre des autochtones , sur les mouvements armés qui se sont succédés en Lithuanie, entre puissances allemande et soviétique. Mais l’auteur en profite également pour digresser plus largement sur l’œuvre pléthorique de Roman Gary alias Emile Ajar en nous présentant l’écrivain lors des différentes étapes qui ont marqué sa vie, depuis sa plus tendre enfance jusqu’aux derniers échanges qu’il a eus notamment avec Raymond Aron, tout juste quelques heures avant sa disparition.

Avec « un certain M. Piekielny », François Henri Désérable nous livre un roman attachant, instructif et complet, faisant du coup partager au lecteur sa passion pour la vie de cet incroyable personnage multi facettes et facétieux Romain Gary, même si quelques digressions plus personnelles alourdissent un peu le propos. Outre une recherche solide, on appréciera également la liberté du style de l’auteur, ainsi que son côté enjoué et souvent humoristique, qui nous fera dès les premières pages adhérer à la recherche et à l’enquête sur ce mystérieux M. Piekielny.

Ce troisième roman de François Henri Désérable écrit sous forme d’une enquête littéraire a fait partie de la sélection 2017 pour le Livre Inter confirmant le talent de ce jeune auteur.

Ma note : 16/20

Photo France Inter