Résumé

« Tu étais libre et sauvage. D’une beauté à couper le souffle. Tu n’étais plus une enfant, pas encore une adulte quand tu enflammas la pellicule du Dernier Tango à Paris, un huis clos de sexe et de violence avec Marlon Brando.
Tu étais ma cousine. J’étais une petite fille et tu étais célèbre. Tu avais eu plusieurs vies déjà et de premières fêlures. Tu avais quitté ta mère à quinze ans pour venir vivre chez mes parents. Ce Tango marquait le début d’une grande carrière, voulais-tu croire. Il fut le linceul de tes rêves. Tu n’étais préparée à rien, ni à la gloire, ni au scandale. Tu as continué à tourner, mais la douleur s’est installée.
Cette histoire, nous nous étions dit que nous l’écririons ensemble. Tu es partie et je m’y suis attelée seule, avec mes souvenirs, mes songes et les traces que tu as laissées derrière toi. Ce livre parle beaucoup de toi et un peu de moi. De cinéma, de politique, des années soixante-dix, de notre famille de fous, de drogue et de suicide, de fêtes et de rires éclatants aussi. Il nous embarque à Londres, à Paris, en Californie, à New York et au Brésil. On y croise les nôtres et ceux qui ont compté, Alain Delon, Brigitte Bardot, Patti Smith, Marlon Brandon, Nan Goldin…
Ce livre est pour toi, Maria. Je ne sais pas si c’est le récit que tu aurais souhaité, mais c’est le roman que j’ai voulu écrire ».

Mon Commentaire

Quels rapports existent-ils entre Maria Schneider, la comédienne révélée notamment par le sulfureux huis clos de Bertolucci «  le Dernier Tango à Paris » réalisé en 1970 et Vanessa Schneider, écrivaine et journaliste à Libération ? Les deux femmes étaient cousines et même si une quinzaine d’années les séparaient, Vanessa a toujours éprouvé beaucoup d’attirance et d’affection pour cette cousine aînée disparue trop tôt.
Le livre que Vanessa nous propose n’est pas un véritable roman, pas plus qu’une biographie de la comédienne Maria Schneider. C’est peut-être de ce point de vue que l’ouvrage est un peu dérangeant... Mais en lisant ce livre plein d’amour, on comprend que ce livre aurait dû s’écrire à quatre mains, or Maria est décédée en 2011…

C’est donc seule que Vanessa reconstitue les différentes périodes de l’existence de Maria, depuis sa plus jeune enfance où elle est confiée à son oncle (le frère cadet de sa mère), en l’occurrence le futur père de Vanessa. Il faut dire que la véritable mère de Maria n’assume pas la naissance de cette fille qu’elle a eue avec Daniel Gélin, le comédien très en vogue et en vue de l’époque, mais marié à Danielle Delorme...De ce côté, il n’ y aura guère d’amour, peut être simplement un intérêt artistique et une vague idée de soutien par le biais de la présentation de personnalités ou acteurs influents du milieu…
Maria semble se satisfaire d’une existence certes assez décalée car hors du temps mais paisible. Elle est heureuse au sein de ce « foyer-communauté » au sein duquel règne un sens politique très développé et ouvertement marqué par l’extrême-gauche et le maoïsme. Ces idées et le style de vie afférant étaient somme toute plutôt courants dans les années post soixante-huitardes. Mais à mesure qu’elle grandit, Maria se passionne pour le monde du spectacle et du cinéma. Elle sera repérée lors d’un casting pour être la jeune et belle actrice plantureuse du film de Bertolucci, qui la choisit comme partenaire de Marlon Brando. Maria, mineure qui plus est, n’aura guère son mot à dire quant aux conditions de tournage, alors qu’elle apparaît nue en permanence et qu’une scène de sodomie (feinte!) assortie d’une repartie salace de Brando est tournée contre son gré. À la suite de la parution de ce film provocant devenu « culte », Maria est à la fois confrontée à la célébrité mais également au mépris, voire aux insultes et au rejet, elle qui pourtant était promise à un avenir plutôt souriant côté septième art.
Vanessa se souvient : c’est bien entendu l’attendrissement qui domine lorsqu’elle évoque la fameuse chemise rouge  cartonnée qui contient toutes les coupures de presse qu’elle a glanées ça et là ainsi que les photos de cette cousine à la beauté sauvage. Mais elle porte sciemment aussi un regard très critique sur le monde du spectacle en général - surtout à cette époque - dont l’aura et le glamour pâlissent sérieusement lorsqu’elle mentionne des détails sordides. C’est pour finir un portrait au vitriol de Daniel Gélin et de ses enfants, légitimes ou non, qui tous ont eu un destin compliqué, notamment Fiona dont la personnalité est si proche de celle de Maria qu’elles se fréquenteront volontiers.
Vanessa insiste aussi sur l’omniprésence de la drogue, dont Maria use et abuse pour chasser ses démons et oublier ses déboires, de la marijuana qu’elle fume à longueur de journée aux injections d’héroïne dont elle bleuit ses bras et son cou...Mais Maria fait partie d’un univers familial qu’elle a longtemps partagé avec sa cousine dont la plume est remplie d’amour, de compassion et de tendresse.

Ma note : 15/20
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photo Culturebox