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Acteurs 

Juan Pablo Olyslager

Diane Bathen

Mauricio Armas

Rui Frati

Sabrina de La Hoz

Synopsis

Guatemala, Pablo, 40 ans, est un "homme comme il faut", religieux pratiquant, marié, père de deux enfants merveilleux. Quand Il tombe amoureux de Francisco, sa famille et son Église décident de l’aider à se "soigner". Dieu aime peut-être les pécheurs, mais il déteste le péché.

Mon commentaire

Après « Ixcanul », son premier film sorti en 2015, le réalisateur guatémaltèque Jayro Buscamante nous livre un film puissant sur le pouvoir obscurantiste de la religion en Amérique Latine. Ici, c’est du destin de Pablo (Juan Pablo Olyslager – étonnant sosie de Mel Gibson -) qu’il s’agit. Pablo est marié, père de deux enfants et travaille comme cadre dans une société financière. Les premières images du film « Tremblements » nous le montrent au volant de sa Range Rover, de retour à la maison. Mais il découvre qu’il est attendu pas seulement par Isa (Diane Bathen), son épouse, mais par la totalité de sa famille. Pourquoi cela ? Le spectateur met quelque temps à le comprendre. Il aurait pu avoir commis un crime, mais en réalité, la famille a découvert que Pablo est amoureux d’un homme, Francisco (Mauricio Armas). Et au Guatemala, l’homosexualité est considérée comme une déviance et une maladie pour laquelle seule la foi, le repentir et le respect de Dieu peuvent permettre de « guérir ».

Une fois de plus, le film traite sans aucune complaisance de la place de la religion au cœur de sociétés qu’on penserait émancipées au XXIème siècle. Il n’en est rien, car bien entendu le plus important est de préserver les apparences et surtout de ne pas salir l’honneur d’une famille. Que vont dire les amis, les voisins lorsqu’ils vont l’apprendre ? Il en va de l’harmonie entière de la famille, de son bonheur et de son intégrité !

En regardant ce film au sein duquel règne une atmosphère extrêmement glaçante, seuls les moments que Pablo passent avec Francisco apportent un peu de chaleur et d’humanité. En dehors de ceux-ci, c’est une véritable descente aux enfers à laquelle on assiste : Pablo va tout perdre, après ses enfants (pour lesquels il constitue un danger selon les croyances religieuses), ce sera son boulot. Et à la clé, la seule solution qui s’offre à Pablo pour pouvoir au moins revoir ses enfants, c’est de suivre un traitement thérapeutique (!) ordonné par le pasteur de l’église évangéliste, dont les messes sont animées par la femme de celui-ci. Quand on voit le déroulement de celui-ci, on ne peut que penser par mimétisme au film « Boy erased » de Joel Edgerton sorti récemment sur les écrans. Mais dans « Tremblements », contrairement à ce dernier, il n’y a de bienveillance nulle part, pas plus chez les parents de Pablo que chez son épouse ou ses ex-domestiques qui risqueraient de perdre leur travail. La thérapie s’apparente surtout à un traitement oral pour ‘calmer’ la libido des malades qui doivent de plus effectuer des exercices dans un camp qui a tout du camp militaire, surveillés sans état d’âme ni pudeur par la femme du pasteur, sanglée dans un uniforme strict.

Le réalisateur Buscamante a par ailleurs probablement choisi le titre « Tremblements » en référence aux nombreux tremblements de terre dont le Guatemala est souvent l’objet, auxquels il semble ajouter la référence des croyances guatémaltèques qui craignent de voir trembler les fondements de leur société profondément hostile et homophobe.

Ma note : 16/20