Acteurs :

Kris Hitchen

Debby Honeywood

Rhys Stone

Katie Proctor

Ross Brewster

Synopsis

Ricky, Abby et leurs deux enfants vivent à Newcastle. Leur famille est soudée et les parents travaillent dur. Alors qu’Abby travaille avec dévouement pour des personnes âgées à domicile, Ricky enchaîne les jobs mal payés ; ils réalisent que jamais ils ne pourront devenir indépendants ni propriétaires de leur maison. C’est maintenant ou jamais ! Une réelle opportunité semble leur être offerte par la révolution numérique : Abby vend alors sa voiture pour que Ricky puisse acheter une camionnette afin de devenir chauffeur-livreur à son compte. Mais les dérives de ce nouveau monde moderne auront des répercussions majeures sur toute la famille…

Mon Commentaire

Ricky Turner (Kris Hitchen), sa femme Abby (Debby Honeywood) et leurs deux enfants Seb (Rhys stone) et Liza Jane (Katie Proctor) forment une famille unie du Midwest de l’Angleterre. Ils ne sont certes pas riches mais Ricky et Abby ont toujours travaillé dur : lui a exercé toutes sortes de travaux manuels sans jamais se plaindre, elle est assistante de vie, apportant soins et réconfort à toute une frange de population : les personnes âgées, qui ne peuvent plus se déplacer et recherchent de la compagnie, mais aussi de jeunes handicapés...
Lassé de devoir toujours dépendre d’un patron, Ricky néanmoins a décidé de se lancer dans une activité à son compte en rejoignant les services d’une société de livraison de colis à domicile en tant que ‘franchisé’. Il lui faut juste se lancer dans l’acquisition d’une camionnette, alors que le couple est déjà endetté et que leur fils Sebastian leur crée des soucis d’adolescent, passant plus de temps à taguer les murs de la ville qu’à aller en cours...
« Sorry we missed you », du nom du petit carton laissé par le livreur lors qu’il n’a pas pu vous remettre le colis en mains propres est un film extrêmement moderne. On connaît depuis longtemps le goût et le talent de Ken Loach (déjà récompensé par deux fois par la Palme d’or à Cannes) pour raconter des histoires simples mais authentique. Ce nouvel opus poursuit dans la même veine puisqu’il analyse le phénomène type « d’uberisation » d’un certain nombre d’activités, ici la livraison de colis. Sans effet outré, il nous montre avec une caméra implacable mais d’une grande sobriété ce qu’est l’esclavage du XXIEME siècle, sous couvert d’autonomie. En fait, les franchisés qui travaillent sans contrat doivent souvent aligner jusqu’à 14h par jour, 6 jours par semaine, juste pour joindre les deux bouts ( les punitions et amendes pleuvent !) et surtout permettre à la « Marque » pour laquelle ils travaillent d’être mieux notée et satisfaire les besoins des financiers et des actionnaires.
Le film montre avec simplicité et sans fioritures l’engrenage dans lequel chaque franchisé se lance, qui finit par déteindre de façon négative sur la vie familiale au point que bon nombre de cas de dépressions voire de drames plus graves encore se multiplient dans son entourage direct, ou bien se termine par des accidents automobiles liés au surmenage
Bref, combien de familles sont broyées simplement par l’effet de la vitesse et de l’inexorable besoin de rendement croissant de cette nouvelle économie ?
Certains argueront que Ken Loach n’innove pas dans ses sujets, je leur répondrai qu’à 83 ans, il a encore l’œil vif et l’analyse idoine car synchrone de la situation vécue par des familles qui n’ont guère le choix que de passer par là. Le film n’a peut-être pas été récompensé à Cannes, mais il n’empêche qu’il a séduit unanimement la critique, car ’il s’agit d’un film poignant, qui va droit au but et ne peut laisser insensible, d’autant qu’il est de plus brillamment interprété.

Ma note :  17/20