Soeur Abel Quentin
Soeur Abel Quentin
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Résumé

Adolescente revêche et introvertie, Jenny Marchand traîne son ennui entre les allées blafardes de l’hypermarché de Sucy-en-Loire, sur les trottoirs fleuris des lotissements proprets, jusqu'aux couloirs du lycée Henri-Matisse. Dans le huis-clos du pavillon familial, entre les quatre murs de sa chambre saturés de posters d’Harry Potter, la vie se consume en silence et l’horizon ressemble à une impasse.
La fielleuse Chafia, elle, se rêve martyre et s’apprête à semer le chaos dans les rues de la capitale, tandis qu’à l’Élysée, le président Saint-Maxens vit ses dernières semaines au pouvoir, figure honnie d’un système politique épuisé.
Lorsque la haine de soi nourrit la haine des autres, les plus chétives existences peuvent déchaîner une violence insoupçonnée.

Mon Commentaire

Ce premier roman d’Abel Quentin (il s’agit d’un pseudonyme, car notre écrivain est également avocat pénaliste) nous raconte l’histoire d’une radicalisation, celle de la jeune Jenny Marchand, 15 ans, habitant un pavillon de Sucy sur Loire, près de Nevers, avec ses parents. Depuis plusieurs mois déjà elle traîne son mal-être d’adolescente, que ce soit au lycée Henri Matisse où son physique plutôt quelconque ne lui attire guère de succès auprès des garçons, pas plus qu’à la maison où elle est en totale rupture de relation avec ses parents… L’issue de sortie pour Jenny va être sa rencontre fortuite via les réseaux sociaux avec Dounia et ses copines, qui bien qu’éloignées des centres géopolitiques névralgiques semblent suivre de très près toutes les actions perpétrées par les mouvements islamistes et ne vont pas tarder à l’endoctriner.

Le roman commence par une scène de polar : un interrogatoire en bonne et due forme où l’intrépide et insolente Chafia est interrogée par la police à propos de Dounia Bousaïd, jeune fille qui figure sur une photo avec elle  mais a disparu des radars depuis huit jours…Puis l’auteur enchaîne avec l’escapade de Jenny qui sous couvert d’un week-end chez une copine de Dijon va en fait monter à Paris à l’insu de ses parents…Parallèlement, l’écrivain nous présente un visage de la France qui s’apprête à fêter Noël vit encore dans la crainte des horreurs du terrorisme qui l’a déjà largement meurtrie…Le vieux Président de la République Saint Maxens en place va laisser la voie ouverte à la candidature de Benevento, son Ministre de l‘Intérieur, ouvrant la porte à de nouvelles idéologies…

Quels rapports entre tous ces personnages et comment les éléments d’un puzzle compliqué vont-ils parvenir à s’emboiter les uns dans les autres ?

Avec un style d’écriture qui adopte parfois des tics de la langue parlée utilisée par bon nombre d’ados de nos jours, Abel Quentin établit le portrait cash d’une jeune fille en manque singulier de repères et qui croit faussement en avoir trouvé …Mais il brosse également un tableau sans fard d’un système politique qui semble à bout de souffle, assorti d’un constat plutôt inquiétant des dérives à attendre…

Ce premier roman n’est certes pas parfait car on a pendant un certain temps du mal à relier les personnages que l’on suit au fil des chapitres : Chafia, Jenny et sa bande de copines qui se montent le bourrichon, ses parents bourgeois assez insipides voire plutôt beaufs, et les personnages situés les dans couloirs d’une campagne électorale présidentielle qui se prépare en arrière-plan …

Et pourtant, on s’accroche à ces existences multiples alors que les évènements s’accélèrent, si bien que le lecteur est tenu en haleine jusqu’aux toutes dernières pages...Pas si mal pour un premier roman qui ravive notre mémoire sur un sujet un peu facilement oublié depuis l’arrivée à la Une du Covid 19.

Ma note : 14/20
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photo LeProgrès.fr