Résumé

1911. Geoffrey Staddon, un jeune et talentueux architecte, vient de concevoir une magnifique demeure, Clouds Frome. En travaillant sur ce projet, il est tombé fou amoureux de l’épouse de son commanditaire, Consuela Caswell. Alors que les amants projettent de vivre ensemble, Geoffrey abandonne finalement la jeune femme à son triste sort, préférant se consacrer pleinement à ses ambitions professionnelles.
1923. Geoffrey apprend par un article de presse que Consuela Caswell est accusée de meurtre et risque la peine capitale. Bouleversé par cette nouvelle qui réveille bien des fantômes et ravive son sentiment de culpabilité, il décide de retourner à Clouds Frome. Il ne sait pas encore que ce qu’il va y découvrir bouleversera son existence.

Mon Commentaire

Robert Goddard est un écrivain britannique assez prolixe en romans dits policiers. Pour ceux et celles qui ne le connaissent pas bien, son plus grand succès jusqu’à présent a été « Heather Mallender a disparu »publié en 1990.

« Sans même un adieu » a été publié en 1991, mais uniquement traduit en français en 2016. Il nous replonge dans le milieu londonien du début du XXème siècle, mais plus particulièrement à l’époque où l’Angleterre détenait encore des positions coloniales dominantes dans le monde, colonies ou pays divers dans lesquels il était assez facile de faire fortune, certes parfois de façon plus ou moins honnête. En 1911, Victor Caswell est l’un des héritiers de l’empire industriel paternel, pas forcément le plus sympathique ni le plus attachant pour ses frères et sœurs. Néanmoins, tous l’accueillent à son retour du Brésil, d’autant qu’il s’est marié avec une superbe femme de là-bas, Consuela, elle-même issue d’une riche famille à la tête de plantations de café.

L’arrivée en Angleterre est un choc pour cette dernière, puisqu’elle débarque dans un pays où elle ne connait évidemment personne, outre le changement climatique, culturel et religieux. Victor a choisi de confier au jeune et talentueux architecte Geoffrey Staddon la construction d’une magnifique demeure , Clouds Frome. La courtoisie et la gentillesse de Staddon vont forcément le rapprocher de la mystérieuse et séduisante Consuela, au point bientôt leur flamme réciproque va se déclarer, au point de décider de partir vivre ensemble…Mais Staddon va préférer privilégier ses ambitions professionnelles au détriment de sa vie amoureuse et laisser Consuela à son sort.

Les années passent, mais en 1923, Staddon découvre par voie de presse que Consuela ,sa bien- aimée d’alors est accusée de meurtre et passible de la peine capitale. Rempli de remords mais aussi de doutes, Staddon ne va avoir de cesse de faire toute la lumière sur ces allégations, d’autant qu’il s’est toujours senti au fond de lui coupable de lâcheté vis-à-vis de Consuela. Un retour à Clouds Frome s’impose, même s’il ignore encore ce qu’il va y découvrir…

« Sans même un adieu » a le mérite de nous faire découvrir en détail le milieu architectural du début du XXème siècle tel qu’il était à Londres avant 1914 et surtout après les bombardements dont la ville a été victime durant la Grande Guerre. Au gré de l’enquête menée par Geoffrey Staddon, on va pouvoir découvrir les constructions, l’ambiance londonienne et le climat de l’époque… Mais il va lui falloir du temps et de la patience - ainsi qu’au lecteur, il faut l’avouer, le roman faisant presque 800 pages !- pour arriver au bout de cette enquête minutieuse au cours de laquelle alternent les phases de déprime (nombreuses) et les quelques moments de renaissance de l’espoir.

Mais le talent de l’auteur consiste également dans la peinture bien sentie d’une importante galerie de personnages de toute condition, qui rivalisent en matière de malhonnêteté, fourberie ou de machiavélisme.

Très bon point : le suspense est entier jusqu’à la dernière page : Il est aussi appréciable que les sentiments soient très bien exprimés et rendus avec une belle justesse ne pouvant laisser le lecteur insensible. Néanmoins, on a parfois malheureusement l’impression de faire du surplace dans cette histoire qui est aussi focalisée sur la culpabilité introspective de chacun: si on avait agi autrement, forcément les évènements découlant d’une attitude auraient différé ! …C’est un peu le problème inhérent notamment au tempérament de Geoffrey Staddon qui malgré son parcours a du mal à assumer son véritable tempérament et ses sentiments. J’ai été en revanche assez séduit par la façon dont est raconté en détail le procès de Consuella, avec les interventions détaillées de l’accusation, les témoignages et celles des avocats de la défense. Mais un travail plus profond sur la personnalité de Consuela aurait permis à son personnage de prendre un peu plus de corps, alors qu’elle n’apparait pendant l’essentiel du roman qu’en pointillés…

Un roman très bien écrit finalement sympathique à lire, notamment pendant les vacances, lorsque 800 pages ne constituent pas un obstacle trop contraignant !

Ma note : 14/20
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