Résumé

" L'histoire de ton corps accuse l'histoire politique. "

Mon Commentaire

Quand on a découvert et apprécié « En finir avec Eddy Bellegueule », il est plus que logique de vouloir lire ce nouveau et très court ‘roman’ d’Edouard Louis, écrit par conséquent 4 ou 5 années plus tard.

C’est d’ailleurs incroyable de voir comme le style a changé ! Même si au fil des pages sont reprises des citations, on fait connaissance ici un tout nouvel auteur plein de fougue, mais au talent d’écrivain indéniable, émaillant ses propos de citations, mais aussi quelque part aux antipodes du frêle jeune homme qui n’aspirait qu’à fuir la misère et l’étroitesse d’esprit de sa famille…

« Qui a tué mon père » est tout d’abord un ouvrage qui remet à leurs places les rapports qu’Edouard –Eddy – entretenait avec son père. Rapports beaucoup plus complexes, faits à la fois de crainte, mais aussi d’admiration et d’une sensibilité exacerbée réciproque. Ici, finie la mise au ban de la société provinciale picarde et son étroitesse d’esprit, finies les condamnations systématiques du comportement paternel, finies les crises d’angoisse liées aux états d’ébriété répétés…On découvre ce père sous un tout autre jour, comme si après le temps de la haine totale arrivait le temps du remords, assorti de jugements beaucoup moins tranchés et moins catégoriques de la part du fils. Eddy a désormais « réussi » et peut prendre du recul par rapport aux émotions intenses qu’il a ressenties durant sa jeunesse. Au fil des pages, on assiste en réalité à la description d’une relation père-fils faite de maladresse mais aussi de complicité, qui visiblement passe outre le comportement atypique d’Eddy – dans le sens où la virilité tant prônée passe désormais au second plan…Les souvenirs et les témoignages touchants qui se succèdent rendent la personnalité du père finalement assez attachante, donc bien aux antipodes de ce qu’on avait gardé en mémoire.

Avec « Qui a tué mon père », on a l’impression qu’il s’agit pour Edouard Louis du temps des remords et des regrets. Mais devant l’état physique de ce père en pleine déliquescence, Edouard Louis a besoin de trouver un coupable à tout prix, et c’est là que le bât blesse un peu. Si on comprend bien que la vie d’ouvrier de ce père a été en grande partie ruinée par des efforts physiques pour des travaux surhumains, il paraît en revanche un peu facile d’incriminer l’histoire politique et de rendre les gouvernements qui se sont succédé depuis le début du XXIème siècle comme seuls responsables de la misère familiale…

Il est clair qu’avec la médiatisation fulgurante dont la personnalité atypique d’Edouard Louis a bénéficié compte tenu d’un parcours plus qu’atypique, on sent maintenant notre auteur très sûr de lui. Il instille forcément dans son analyse avec un peu trop de hâte le besoin de trouver des coupables à la condition misérable de ses parents. Surtout à celle de son père, qui visiblement souffre de multiples maladies ou faiblesses alors qu’il vient tout juste de dépasser la cinquantaine et qu’il voit dépérir…

Ma note : 13/20
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photo Culture Box