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Résumé

Un matin d'automne, Jia Jia pousse la porte de la salle de bains de son opulent appartement de Pékin et découvre son mari sans vie dans la baignoire. Il a laissé pour elle, sur le lavabo, le dessin énigmatique d'un homme poisson. Cette étrange figure aquatique ne cessera dès lors de la hanter.
Perdue et sous le choc, Jia Jia déambule dans la ville, boit plus que de raison, et noue peu à peu une relation avec un barman, Leo, susceptible de lui donner l'amour qu'elle croyait impossible.
Libérée d'un mariage asphyxiant, Jia Jia se redécouvre, renoue avec sa passion pour la peinture et affronte son passé et toutes ces choses que ceux qu'elle aime ont trop longtemps tues. Une odyssée intérieure qui la mènera jusqu'aux plateaux du Tibet et cet autre monde auquel elle aspire et qui la terrifie.

Mon Commentaire

An Yu est une jeune écrivaine chinoise née à Pékin, où elle vit désormais après avoir étudié à New York, et travaillé quelques temps à Londres et Paris. ’Porc braisé’ est son premier roman, rédigé en anglais, qui a été publié à la rentrée 2020. On y fait la connaissance de Jia Jia, une jeune trentenaire appartenant à la classe moyenne supérieure d’aujourd’hui, vivant à Pékin, qui découvre un soir alors qu’elle pousse la porte de la salle de bains, son mari, Chen Hang, sans vie dans la baignoire. Elle ne retrouve comme seul indice qu’un énigmatique dessin représentant un étrange homme-poisson, croquis qui va venir la hanter durant de nombreux jours.

Essayant de faire son deuil et néanmoins de repartir de l’avant, Jia Jia va ‘sortir de sa coquille’, en reprenant petit à petit goût à sa passion, la peinture, et va au gré de ses sorties dans un bar avoisinant faire la connaissance de Leo, un barman attentionné qui pourrait peut-être lui permettre de reprendre goût à la vie, d’autant qu’elle réalise que son précédent mariage était loin de la combler au niveau sentimental, et finissant par réaliser qu’elle avait gâché ainsi une partie de sa vie.

Jouant à la fois sur un aspect mystérieux voire mystique, un peu à la manière des romans de Murakami, An Yu nous entraîne au plus profond de l’âme de son héroïne, bousculée par la perte de ce mari finalement assez indélicat et de facto la perte d’une sécurité pécuniaire, mais ouverte à un renouveau et à la recherche d’éléments et de réponses aux questions qu’elle s’est toujours posées depuis le décès de sa mère tant aimée. Avec comme fil conducteur la recherche de l’explication du mystérieux croquis de l’homme poisson, on assiste au fil des chapitres, écrits avec une belle fluidité de style, à l’analyse introspective de Jia Jia. Par le biais de rencontres impromptues, elle pourra enfin élucider les énigmes de son passé, ce qui l’emmènera entre autres même à réaliser un voyage jusqu’aux confins du Tibet. Il y a beaucoup de mélancolie, mais aussi de douceur et de finesse dans ce récit qui passionne autant qu’il surprend aussi parfois. On se projette réellement dans cette ambiance si particulière alors qu’un grand soin est apporté à la reconstitution des traditions chinoises – ainsi que tibétaines- ce qui crée une ambiance très particulière alliant la modernité et coutumes locales.

Certes, tout n’est pas parfait, car une fois le roman refermé, il y a certes quelques questions que se pose le lecteur qui ne trouvent pas forcément de réponse. Mais en revanche, le style romanesque teinté d’ésotérisme et la métaphore de l’eau comme renaissance sont intéressants à analyser…Ce premier roman donne clairement envie de découvrir de prochaines œuvres de An Yu.

Ma note : 16/20

 photo Babelio