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Acteurs :

Lyna Khoudri

Shirine Boutella

Amira Hilda Douaouda

Zahra Doumandji

Yasin Houicha

Nadia Kaci

Synopsis

Alger, années 90. Nedjma, 18 ans, étudiante habitant la cité universitaire, rêve de devenir styliste. A la nuit tombée, elle se faufile à travers les mailles du grillage de la Cité avec ses meilleures amies pour rejoindre la boîte de nuit où elle vend ses créations aux " papichas ", jolies jeunes filles algéroises. La situation politique et sociale du pays ne cesse de se dégrader. Refusant cette fatalité, Nedjma décide de se battre pour sa liberté en organisant un défilé de mode, bravant ainsi tous les interdits.

Mon Commentaire

Alger, dans les années 90, années de plomb. La période pendant laquelle l’intégrisme religieux s’étend tout en se radicalisant, celle également où les attentats meurtriers et sanglants se multiplient. Mais pour Nedjma (Lyna Khoudri), 18 ans, étudiante en lettres française et passionnée de stylisme à la cité universitaire, c’est le moment de l’insouciance, du besoin de séduire et surtout celui de braver les interdits. Elle fait le mur’ pour vendre dans une discothèque avec Wassila (Shirine Boutella), l’une de ses bonnes copines, ses créations aux « papichas », ces jolies jeunes filles algéroises passionnées par la mode occidentale. Nedjma refuse catégoriquement de se plier aux injonctions des milices religieuses qui obligent les femmes à se cacher sous le hijab et l’abaya traditionnels ; elle fait au contraire le choix de se battre pour sa liberté et la liberté du corps des femmes en mettant au point un défilé de mode qui va utiliser comme étoffe de base le ‘haïk’, ce vêtement blanc et brodé porté depuis des centaines d’années par les femmes algériennes pour les grands évènements…

S’il n’était pas inspiré -même librement- de faits réels, sorti de son contexte, « Papicha » aurait pu passer pour les spectateurs qu’un équivalent algérien «de « la Boum 2 » avec Sophie Marceau, avec forte consommation de cigarettes et usage de maquillage et de paillettes en quantité, et beaucoup de naïveté. Mais une fois plongés dans l’horreur du climat politique et religieux de l’époque, le message est bien différent, car il ne s’agit pas que d’émancipation de jeunes filles, mais bien d’un véritable combat contre un patriarcat obsolète toujours prédominant dans l’archaïque société de l’époque et d’une lutte pour la préservation de la liberté des femmes. Mais ce qui interpelle aussi, c’est que malgré les obstacles qui n’arrêtent pas de se dresser pour y arriver, à l’opposé de nombreux jeunes qui rêvent de partir, Nedjma ne veut en aucun cas fuir sa ville et son pays. Elle fait donc le choix de se battre contre cet islamisme qui monte avec certes des moyens dérisoires mais une détermination sans failles pour préserver son bonheur.

Ce premier film de Mounia Meddour, qui alterne des dialogues (en françarabe) remplis d’humour et de légèreté pour sombrer dans des passages dramatiques, n’est certes pas parfait, à commencer par des seconds rôles qui auraient mérité d’être plus développés, tels ceux de la mère de Nedjma ou de sa professeure de stylisme (Nadia Kaci). Cela aurait permis au film de prendre davantage de profondeur.

Mais « Papicha », qui concourt pour les Oscars, est un film à la fois candide et puissant, même 20 ans après les faits. Si d’ailleurs il n’a pas été autorisé à la projection en Algérie, c’est sans doute parce que les mentalités des instances gouvernementales et plus généralement la société actuelle n’ont peut-être pas beaucoup évolué par rapport à cette époque. En tout cas, « Papicha » est un film poignant qui révèle au grand public un talent avec lequel il va falloir désormais compter, celui de Lyna Khoudri, qu’on retrouvera très bientôt dans la distribution de « Hors Normes » de Nakache et Toledano.

Ma note :   16/20