Résumé

En 1945, nos parents partirent en nous laissant aux soins de deux hommes qui étaient peut-être des criminels.
Dans le Londres de l'après-guerre encore meurtri par les séquelles du Blitz, deux adolescents, Nathanael et Rachel, sont confiés par leurs parents à de mystérieux individus. L'un d'eux, surnommé " Le Papillon de Nuit ", va se charger de leur éducation, et les entraîner progressivement dans un monde interlope, aux marges de la légalité. On y conduit des bateaux, la nuit, en utilisant un code étrange fait de chants d'oiseaux. On y fréquente le milieu des paris clandestins et des courses de lévriers. On n'y est jamais sûr de rien... Mais ces gens qui les initient et les protègent sont-ils vraiment ceux qu'ils prétendent être ?
Bien des années passeront avant que Nathanael fasse toute la lumière sur son enfance, et comprenne enfin ce qui s'est vraiment passé.
Avec ses zones obscures, ses épisodes féériques et ses péripéties dignes d'un roman noir, Ombres sur la Tamise est à la fois un admirable roman de formation et une réflexion sur les troubles de l'Histoire.

Mon Commentaire

Vous connaissez sûrement Michael Ondaatje, ce romancier britannique brillant, ne serait-ce que parce c’est lui qui a écrit ‘le Patient Anglais’ (Couronné par le Booker Prize en 1992) et porté à l’écran par Anthony Minghella en1996 avec le succès que l’on sait.

Avec ‘Ombres sur la Tamise’, paru en 2018, le romancier nous replonge dans son époque de prédilection, celle de l’après Blitzkrieg et plus globalement celle de l’après-guerre, alors que la capitale londonienne est toujours scarifiée après ces incessants bombardements allemands. Là, nous faisons la connaissance de deux adolescents, Nathanael et Rachel, dont les parents avant de partir officiellement vivre à Singapour, de l’autre côté de la planète les ont confiés à de mystérieux individus, afin qu’ils assurent leur éducation.

Passée la période de surprise et de chagrin consécutif à ce départ inexpliqué, les enfants tant bien que mal s’accoutument à leurs nouveaux tuteurs, qu’il s’agisse du ‘Papillon de nuit’, ou bien du ‘Dard’, tous deux commis à des actes de surveillance mais aussi accomplissant des missions visiblement étranges…

Le roman, divisé en deux grandes parties, relate dans un premier temps un certain nombre d’expériences vécues par ces enfants, qui sont amenés à fréquenter des milieux interlopes, où se mélangent trafics d’animaux et paris frauduleux, promenades nocturnes en barge sur la Tamise, larcins en tout genre, visites de personnages éclectiques, mystérieux et parfois excentriques. C’est sans conteste le royaume de la pénombre et du clair-obscur, qui parfois amuse mais plus souvent inquiète…Sans oublier que pour les jeunes, c’est également le moment où surviennent les premiers émois amoureux...Ces années-là sont souvent capitales dans une existence alors que se construisent les vies de ces presque adultes, marquées par l’absence surprenante de leurs parents, disparus sans laisser de trace depuis des années. Mais de nouveau, paradoxalement, la réapparition de leur mère va jeter un trouble supplémentaire dans cette trame en forme de labyrinthe inextricable…

On retrouve à l’aube des années 60 dans une seconde partie Nathanael, qui a acquis une petite maison dans le Suffolk et intégré l’administration britannique au Foreign Office, côté archives …Il va tenter de faire la lumière sur toute son enfance, et essayer de recomposer les pièces d’un énorme puzzle improbable., comme un tableau dont on ne verrait que les détails mais aucune vue d’ensemble.

Si on prend un certain plaisir à découvrir les multiples activités auxquelles sont mêlés les adolescents

dès la disparition des parents avec une reconstitution réussie quasi monochrome et sombre de Londres d’après-guerre, on peine à finir cette première partie devant la répétition de scènes dont on ignore réellement l’intérêt…Au point que la curiosité du lecteur s’émousse devant tant d’étrangeté…

Heureusement, la seconde partie arrive comme un électrochoc pour ‘réveiller’ l’intérêt, à mesure que les pièces s’emboitent les unes avec les autres, donnant de plus l’occasion de mieux comprendre les enjeux des engagements politiques ainsi que le jeu qui continue de se jouer entre les parties prenantes du conflit qui s’est apparemment achevé en 1945 et qu’une paix apparente semble régner sur l’Europe.

Ondaatje nous livre une analyse originale et passionnante sur les troubles de l’Histoire, durant une période qui n’a été que rarement traitée. Celle-ci est combinée avec une belle réflexion sur l’éducation, la formation et l’importance de la filiation. A noter toutefois que l’auteur, en procédant par petites touches impressionnistes, ne donne pas forcément une ligne très claire à son récit en privilégiant un effet littéraire et une certaine poésie, qui pourra déplaire à certains lecteurs.

Ma note : 14/20

 photo telegraph.co.uk