Nature humaine CVT
Nature humaine CVT
press to zoom

Résumé

La France est noyée sous une tempête diluvienne qui lui donne des airs, en ce dernier jour de 1999, de fin du monde. Alexandre, reclus dans sa ferme du Lot où il a grandi avec ses trois sœurs, semble redouter davantage l’arrivée des gendarmes. Seul dans la nuit noire, il va revivre la fin d’un autre monde, les derniers jours de cette vie paysanne et en retrait qui lui paraissait immuable enfant. Entre l’homme et la nature, la relation n’a cessé de se tendre. À qui la faute ?
Dans ce grand roman de « la nature humaine », Serge Joncour orchestre presque trente ans d’histoire nationale où se répondent jusqu’au vertige les progrès, les luttes, la vie politique et les catastrophes successives qui ont jalonné la fin du XXe siècle, percutant de plein fouet une famille française. En offrant à notre monde contemporain la radiographie complexe de son enfance, il nous instruit magnifiquement sur notre humanité en péril. À moins que la nature ne vienne reprendre certains de ses droits…

Mon Commentaire

‘Nature humaine’, dont le titre est suffisamment flou pour couvrir tant les sujets écologiques que sociologiques est en fait la chronique des 25 dernières années du XXème siècle, vues sous le prisme de la vie quotidienne d’une famille du Lot. De la canicule de l’été 1976 dont on se souvient encore jusqu’à la tempête hivernale historique digne d’une fin du monde de décembre 1999, on suit le destin d’Alexandre, seul fils d’une fratrie qui va prendre la charge de la ferme familiale au sein de laquelle on élève des vaches pour leur viande depuis plusieurs générations.

Au fil des années qui passent et qui constituent les jalons d’un suivi presque chronologique, parallèlement aux prémisses des dérèglements climatiques qui constituent une sorte de parenthèses de ce roman, c’est aussi l’évolution radicale de la société française à laquelle on assiste. Car Serge Joncour aborde ici aussi bien les mouvements contestataires en tout genre, notamment ceux des groupements d’extrême-gauche antinucléaires que les élections présidentielles de 1981 et la victoire de François Mitterrand, que par ailleurs l’inquiétant accident nucléaire de Tchernobyl ou encore la marée noire provoquée par le naufrage de l’Erika, ou bien encore la chute du Mur de Berlin.

Là où le talent du romancier est patent, c’est qu’il réussit à mêler l’histoire de cette famille d’agriculteurs traditionnels à la grande Histoire, celle de la mondialisation qui semble promettre à l’humanité un monde plus juste et une meilleure qualité de vie plus un plus grand nombre…Cela va se traduire pour Alexandre par  l’obligation d’un changement radical de mode de fonctionnement pour l’exploitation agricole familiale, et privilégier désormais le rendement et la rentabilité au détriment de la qualité.

Mais ‘Nature humaine’ n’est pas qu’un roman historico-écolo, c’est un ouvrage qui magnifie la campagne française et la beauté des paysages du Sud-Ouest, au sein duquel chaque personnage trouve sa place. Si le fil rouge du livre est clairement basé sur la vie d’Alexandre, on suit avec intérêt l’amour étonnant qu’il partage à travers les années avec Constanze, la ravissante mais évanescente Allemande de l’Est, qui ajoute du romanesque à une intrigue finalement assez peu souriante. Une large place du roman est également consacrée aux trois sœurs d’Alexandre qui quant à elles ne rêvent que de vie citadine, ainsi qu’aux parents, qui se retirent petit à petit de l’activité agricole, ainsi qu’à ce magnifique voisin réfractaire au progrès avec lequel Alexandre tisse une amitié progressive.

Serge Joncour signe une magnifique ode à la nature et plus généralement à la terre. Par ce roman intelligent, il sensibilise à la fragilité de ce monde et incite le lecteur à demeurer conscient vis-à-vis de forces notamment financières qui pourraient d’avérer dévastatrices.

Petit bémol toutefois, si on est clairement conquis par le fond de l’histoire, on reste en revanche un peu sa faim en terme d’écriture, qui manque du souffle épique qui aurait pu donner encore plus de relief au roman.

Ma note : 16/20
Serge-Joncour_La Croix.webp

Photo LaCroix.fr