Acteurs

Andranic Manet

Gonzague van Bervesselès

Corentin Fila

Sophie Verbeeck

Jenna Thiam

Synopsis

Étienne monte à Paris pour faire des études de cinéma à l’université. Il y rencontre Mathias et Jean-Noël qui nourrissent la même passion que lui. Mais l’année qui s'écoule va bousculer leurs illusions…

Mon commentaire

Bien que présent dans le milieu depuis plus de 20 ans, le réalisateur et scénariste Jean-Paul Civeyrac semble bien être un cinéaste à la filmographie confidentielle. Peut-être parce que pour la plupart de ses créations, il a souvent fait appel à des acteurs hors show business ou souvent peu connus ?

Avec « mes Provinciales », il nous emmène sur les traces d’Etienne (Andranic Manet) qui quitte Lyon, sa famille et sa petite amie pour monter à Paris, suivre des études de cinéma à l’université. Il s’installe en collocation avec la mystérieuse et charmante Valentina (Jenna Thiam), étudiante en art, mais surtout va lier amitié avec Jean-Noël (Gonzague van Bervesselès) et le très critique Mathias (Corentin Fila) avec lesquels il partage les mêmes passions. Cependant, la vie parisienne qui n’est pas aussi facile que prévu va bousculer la vision d’Etienne dans ses convictions sur la vie et lui ouvrir forcément la porte vers de nouveaux univers…

A l’origine, ce ‘petit’ film (qui dure néanmoins plus de 2 heures) s’inspire clairement du propre parcours de Jean-Paul Civeyrac, lui-même originaire de la région de Saint Etienne, lorsqu’il est venu suivre ses études sur Paris, avant de rejoindre la FEMIS en 1991. Pour lui comme pour Etienne, le dépaysement est total, Paris ne semblant pas plus étrange que ne le serait Tokyo pour un Français ! C’est d’autant plus vrai que pour se faire des amis, les seules solutions sont soit lors des cours à la faculté, soit lors de soirées au cours desquelles les étudiants se rencontrent et font pouvoir faire plus ample connaissance. Pour Etienne, c’est aussi un début d’éducation sentimentale différente, passant par des doutes mais aussi la découverte de sentiments profonds d’amour et d’amitié. Lors des rencontres, il découvre la possibilité d’échanger sur de nombreux autres sujets : la politique, la liberté d’expression, le racisme, le respect, la notoriété, la sincérité, l’argent…Tout cela pour se rendre compte que dans le Paris hermétique qu’on craint, figure un très grand nombre d’étudiants qui viennent de toutes les régions de France avec la même appréhension…

Le film donne bien entendu l’occasion aux étudiants du septième art de discuter et d’échanger autour des traditionnels réalisateurs, mais aussi de s’interroger sur les nouveaux cinéastes : tout ce qui a été suivi de loin par ces jeunes depuis leur adolescence parvient désormais à se concrétiser…C’est avec intérêt qu’on découvre le cheminement difficile de chacun pour passer de simple étudiant à la véritable réalisation d’un film, souvent d’abord d’un court métrage. Outre une assurance et une volonté de fer, il est nécessaire pour chacun d’être conseillé et bien entouré afin que le projet aboutisse vraiment, car le découragement guette souvent.

Filmé en noir et blanc, « mes Provinciales » nous abreuve de plans superbes et d’images très soignées, jouant sur des clair-obscur et avec une lumière souvent tamisée donnant beaucoup de douceur à l’histoire. Le film tire une grande beauté de l’unité du regard du metteur en scène, enrobant, bienveillant, aimant, sur ses personnages en quête de sens. Il n’y a aucune ‘grande scène’ malgré l’existence de différends, et par choix, toute violence reste maintenue hors-champ même si elle est sous-jacente. 

L’interprétation est en tout point d’excellente qualité, Etienne (Andranic Manet) en premier lieu. Tout cela donne l’impression que tous ces jeunes artistes sont d’ores et déjà de grandes figures du cinéma.

Ne perdons pas de vue que ce très beau récit sentimental pioche à plusieurs reprises dans les œuvres de la littérature classique, que ce soit de Pascal, Flaubert ou Rimbaud…Sans compter pour le plaisir des oreilles la présence d’extraits de compositions de Bach et de Mahler qui accompagnent de nombreuses scènes, apportant un supplément de sérénité à cette histoire délicate.  

Ma note : 16/20