Résumé

« Janie avait seize ans. Un feuillage vernissé et des bourgeons tout près d’éclore et le désir de prendre à bras-le-corps la vie, mais la vie semblait se dérober. Où donc étaient-elles, ses abeilles chanteuses à elle ? Du haut des marches elle scruta le monde aussi loin qu’elle put, et puis elle descendit jusqu’à la barrière et s’y pencha pour contempler la route de droite et de gauche. Guettant, attendant, le souffle écourté par l’impatience. Attendant que le monde vienne à se faire. » Il ne faudra pas moins de trois mariages et trois vies – le vieux Logan Killicks et ses sentiments trop frustes, le fringant Joe Starks et ses ambitions politiques dévorantes, puis la promesse d’égalité, l’étreinte d’amour et le frisson extatique qu’incarne Tea Cake – pour permettre à Janie d’atteindre toute la mesure de son rêve d’émancipation et de liberté.
Portrait d’une femme entière, animée par la force de son innocence, qui brave la rumeur du monde et se révèle à l’existence, Mais leurs yeux dardaient sur Dieu est un chef-d’œuvre – et l’un des tout premiers romans écrits par une Afro-Américaine. Un monument de la littérature, aussi percutant aujourd’hui que lors de sa parution aux États-Unis en 1937. À découvrir ou redécouvrir dans une traduction inédite magistrale.
 

Mon Commentaire

Si, comme moi, vous êtes fan des éditions Zulma, ‘Mais leurs yeux dardaient sur Dieu’ constitue une raison supplémentaire de les remercier en nous dénichant des œuvres originales et qualitatives du monde entier, qu’elles soient récentes et inédites ou qu’elles consistent en une réédition de monuments de la littérature, comme c’est ici le cas.

En effet ce roman, signé Zora Neale Hurston, a été publié pour la première fois en 1937 et n’a guère pris de ride aujourd’hui, tant son propos est intemporel. L’écrivaine Afro-Américaine nous raconte ici l’histoire de Janie Mae Crawford, une femme métisse à la beauté indéniable, ‘entièrement animée par la force de l’innocence’ et éprise de liberté qui va découvrir le monde, faisant front en toute circonstance. Dès les premières pages, nous rencontrons Janie à son retour à Eatonville, petite bourgade de Floride, et nous allons suivre les confidences qu’elle va faire à son amie Phoeby sur son parcours pour le moins étonnant. Il y a comme quatre vies dans la sienne, celle de son enfance, élevée par une grand-mère qui lui a transmis sa force de caractère, son idée de s’opposer à la soumission et sa curiosité du monde, puis successivement celles que Janie a vécu avec ses trois maris : le vieux et rugueux Logan Killicks, puis le fringant Joe Starks à l’ambition professionnelle et politique démesurée. Janie savait de toute façon que ‘le mariage ne faisait pas l’amour’ tout au moins jusqu’à l’aboutissement en apothéose amoureuse aux côtés du fabuleux et jeune Tea Cake, son troisième époux…

Cette version fait la part belle à la richesse des dialogues, qu’on imagine avoir été traduits avec beaucoup de soin afin d’en restituer pleinement leurs contenus. C’est d’ailleurs de ce point de vue-là que le livre n’est pas forcément aisé à appréhender, et il faut honnêtement avoir passé une bonne trentaine de pages afin de rentrer à fond dans le récit…Mais à mesure que la petite musique étrange du patois inspiré de l’anglais s’installe dans notre tête, on découvre une ambiance fabuleuse autour de tous les personnages que Janie va côtoyer au fil des années lors de ses pérégrinations. Ceux-ci sont par ailleurs entrecoupés de passages narratifs de la romancière remplis de poésie et souvent d’une extrême beauté, notamment dans toutes les scènes de parfaite osmose entre Janie et son mari adoré Tea Cake.

Roman d’une grande contemporanéité, ‘Mais ils dardaient leurs yeux sur Dieu’ est un ouvrage original percutant et poignant, à re-découvrir d’urgence.

Ma note : 16/20

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