Résumé

Cuba, 1963. Le terrible ouragan Flora s'apprête à frapper l'île. Les habitants sont évacués en urgence. Dans l'ancienne demeure du gouverneur, sept femmes sont cloîtrées sous la surveillance d'une jeune soldate de Castro, Ofelia. Pour passer le temps, la vieille Maria Sirena, Shéhérazade des temps modernes, leur raconte des histoires. 
Car Maria Sirena est une conteuse hors pair. Elle en avait d'ailleurs fait son gagne-pain à la grande époque des fabriques de cigares où elle était lettora, employée à égayer les journées des rouleurs de tabac par ses récits fantastiques. Dehors, la tempête fait rage. Maria Sirena débute son histoire : son enfance pendant la troisième guerre d'indépendance cubaine, son père, rebelle féroce, sa mère, passionnée et passionnante qui a aimé, rêvé et s'est battue comme personne. 

À travers les récits de Maria Sirena se dessinent l'histoire de Cuba, île au passé troublé par les luttes pour l'indépendance, mais aussi une époustouflante saga familiale

Mon commentaire

Pour ce premier roman traduit en français, Chantel Acevedo nous emmène à Cuba, en 1963, alors que l’île va être dévastée par l’ouragan Flora. Les habitants ont pour la plupart été évacués et mis à l’abri. Seules certaines femmes souvent âgées ou malades refusent de quitter leur domicile, n’ayant souvent plus rien à perdre et quitte à disparaître, souhaitent rester dans leur foyer avec leurs souvenirs.

C’est le cas de Maria Sirena, qui va être contrainte par l’armée d’évacuer sa petite maison de Maisi et de monter dans un car avec d’autres femmes, direction la Casa Velázquez, musée historique et folklorique installé dans un immeuble très ancien de Santiago de Cuba. Petit à petit, ces femmes vont se reconnaître et entamer des conversations, d’abord pour passer le temps et se rassurer : par rapport au terrible ouragan bien sûr, par rapport au régime communiste en place, par rapport à leur vie passée …Au delà des petites histoires et des rancœurs, Maria Sirena va raconter sa vie, elle qui a quitté son domicile sans rien d’autre que ses chaussons et une photo jaunie de son fils Mayito serrée contre elle dans la poche... Ceux qui la connaissent savent qu’elle possède un grand talent, celui de conteuse et bientôt toute l’assistance va être suspendue à son récit si poignant...

Ce roman possède la particularité de nous faire voyager dans l’histoire de Cuba. On y découvre les particularités du régime castriste des années 60 et son mode de fonctionnement, ainsi que toute la légende populaire qui peuple les esprits de ces femmes réfugiées – peut-être enfermées ?- à propos du Lider Maximo et de l’implantation du régime, très bien représenté par le personnage d’Ofelia, la militaire en charge de la protection de ces réfugiées .Mais le récit de Maria Sirena est une histoire dans l’Histoire , qui décrit avec passion la vie de sa famille depuis son arrivée sur l’île Tout cela témoigne de l’existence extrêmement difficile des familles cubaines pro indépendance confrontées au joug des forces militaires et policières espagnoles. Avec force émotion et détails, Maria Sirena raconte toutes les atrocités commises aux dépens des indépendantistes Cubains. Ils ont été persécutés, hommes, femmes et enfants, pas seulement dans les villages, mais aussi dans des camps où ils sont appelés les « reconcentrados » qui forcément rappellent l’horreur des camps de concentration nazis. L’histoire ici se situant au début du XXème siècle, il est bien possible que ces massacres perpétrés par les Espagnols aient bien inspirés plus tard les Nazis!

L’histoire tellement improbable de Maria Sirena, celle de son père, de sa mère Illuminata dite « Lulu », celle de sa jeunesse et de ses amours, puis de sa fuite s’avère passionnante de bout en bout. On est littéralement happé par le récit effectué par cette conteuse au grand talent, au même titre que son auditoire de fortune. L’ouragan aura été pour elle l’occasion de se soulager d’un poids énorme, de se vider le cœur en s’épanchant sans pudeur auprès d’un groupe de femmes retenues ensemble pour quelques courts moments au sein d’un bâtiment historique résistant aux intempéries.

On peut être un peu surpris de voir tant d’authenticité ressortir dans l’écriture de Chantel Acevedo, qui est à la base professeur d’anglais à l’université de Miami et éditrice. Mais on sent que son inspiration émane de racines probablement cubaines, d’où des précisions souvent très pointues procurant de la profondeur à l’ouvrage.

Un roman et une saga très bien écrits et très documentés, basés sur de simples faits historiques que pour la plupart on avait toujours ignoré. On y découvre l’existence de vrais chefs militaires défenseurs d’idéologie anti-coloniales, celle de soldats courageux blancs, métis ou noirs pro indépendance, de femmes infirmières prêtes à se battre pour la cause, la sagesse de poètes … Une belle surprise !

Ma note : 16/20