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Tambours Taiko- Eitetsu Hayashi & Ensemble Eitetesu Fu-Un no Kai 

à la Philarmonie de Paris 14-10-2018

Résumé


Eitetsu Hayashi est sans doute le joueur de taiko (« tambour » en japonais) le plus connu au monde. Depuis sa première représentation au Carnegie Hall de New York, en 1984, il se produit sur les scènes les plus prestigieuses.
Au Japon, les traditions musicales se perpétuent avec exactitude et rigueur, de telle sorte qu’il peut être difficile pour un jeune artiste de les faire évoluer. C’est pourtant ce que Eitetsu Hayashi a réussi, dès le début des années 1980, avec différents groupes et en tant que soliste. Les percussions taiko, importées de Chine et de Corée au VIe siècle, occupent une place importante dans le folklore et la culture japonaise. Eitetsu Hayashi a révolutionné la pratique du taiko en composant ses propres pièces, en collaborant avec des artistes d’avant-garde et en conceptualisant des mises en scène spectaculaires. Malgré ces ouvertures audacieuses, le style de Eitetsu exprime une sensibilité indissociable de l’esthétique japonaise : « je voudrais que les gens voient la beauté du Japon et, dans le même temps, faire des performances des moments de haute modernité. Les deux ne s’opposent pas. »

Mon commentaire

Pour les amateurs de tambours japonais il n’y a guère plus connu au monde que le célèbre Eteitsu Hayashi qui promène son ensemble de musiciens (4 membres en plus du maître) « Eteitsu Fu-Un no Kai » à travers le monde depuis 1984. Le spectacle s’est posé durant une seule soirée à la Philharmonie de Paris ce dimanche 14 octobre. Le résultat n’est rien moins que stupéfiant : un mélange de force et de puissance incroyable nécessitant de la part des artistes une concentration extrême que l’on peut remarquer sur ces visages ne montrant aucune sensibilité - d’autant que j’ai eu la chance de me retrouver installé au premier rang !
Que dire du résultat musical de ce concert de tambours ? Tous les morceaux sont rythmés de façon différente et les sons émis par les tambours jouent sur de vastes spectres allant du plus aigu au plus grave, allant de la douceur à la force assourdissante. En fonction du tempo adopté, il y a certes souvent la sensation de se retrouver en plein cœur de l’extrême orient, dans la lignée des univers du théâtre Nô où du Kabuki, mais aussi parfois l’impression d’assister à une cérémonie tribale d’un village d’Indiens d’Amérique qui rendent hommage à leurs divinités, où le plus gros des taikos haut perché occuperait la place physique du totem.
Pour « jouer » du tambour, dont les formes et les tailles varient des plus petites et donc des plus légères aux instruments les plus gros et les plus lourds, il faut également faire preuve d’une forme sportive presque olympique, tant il est nécessaire d’être pourvu d’une musculature sans faille pour assurer la stabilité de leur instrument pour en faire sortir le son désiré, avec le rythme voulu.
Ce spectacle de tambours Taiko possède toutes les qualités d’un véritable ballet : ballet de ces corps virils qui glissent littéralement sur la scène en surfant sur ces rythmes parfois très lents parfois effrénés, mais aussi ballet des baguettes - tel celui des baguettes d’un batteur de jazz - sur chacun de ces tambours qui sont associés dans des mouvements harmonieux et synchrones des musiciens. Des chants traditionnels japonais viennent compléter ces tableaux magnifiques.
J’émettrai toutefois un Petit bémol à propos de la mise en scène étrange adoptée sur le morceau rendant hommage à Léonard Foujita - dans le cadre du cinquantième anniversaire de sa mort -, tenant de la procession mâtinée d’un défilé à tendance liturgique évoquant le catholicisme...
Les tenues vestimentaires sont également superbes et constituent également à offrir un spectacle de grande qualité qui brille par son originalité, son énergie et sa puissance scénique.

La prouesse de l’ensemble des musiciens qui accompagnent le maître Eteitsu Hayashi est de parvenir à vous emmener en quelques minutes d’un univers planant et sobre à un déluge rythmique assourdissant sans jamais être dissonant pour vous ramener en bout de course à un silence salvateur.
A ne pas manquer si la troupe se produit dans une salle de spectacle près de chez vous !

Ma note : 18/20