Résumé

"Sept fois ils se sont dit oui. Dans des consulats obscurs, des mairies de quartier, des grandes cathédrales ou des chapelles du bout du monde. Tantôt pieds nus, tantôt en grand équipage. Il leur est même arrivé d'oublier les alliances. Sept fois, ils se sont engagés. Et six fois, l'éloignement, la séparation, le divorce... Edgar et Ludmilla... Le mariage sans fin d'un aventurier charmeur, un brin escroc, et d'une exilée un peu "perchée", devenue une sublime cantatrice acclamée sur toutes les scènes d'opéra du monde. Pour eux, c'était en somme : "ni avec toi, ni sans toi". A cause de cette impossibilité, ils ont inventé une autre manière de s'aimer. Pour tenter de percer leur mystère, je les ai suivis partout, de Russie jusqu'en Amérique, du Maroc à l'Afrique du Sud. J'ai consulté les archives et reconstitué les étapes de leur vie pendant un demi-siècle palpitant, de l'après-guerre jusqu'aux années 2000. Surtout, je suis le seul à avoir recueilli leurs confidences, au point de savoir à peu près tout sur eux. Parfois, je me demande même s'ils existeraient sans moi", Jean-Christophe Rufin.

Mon Commentaire

Les lecteurs les plus fidèles de Bobines et Papyrus l’auront sans doute constaté, je suis un fervent adepte des romans de Jean-Christophe Rufin, cet écrivain à la plume fluide et passionnante, ancien médecin, humanitaire puis diplomate, rentré depuis quelques années à l’Académie Française.

Cette fois, Jean Christophe Rufin nous emmène sur un terrain un peu différent de ce qu’il produit habituellement : une longue histoire d’amour, de passion mais aussi de déchirements entre deux personnages, Edgar et Ludmilla. A la fin des années cinquante, Edgar, un jeune Français de milieu social très humble, est parti avec des copains en voiture en URSS en voyage, durant lequel il a rencontré Ludmilla, une jeune femme ukrainienne ‘libre’ non moins atypique, d’autant qu’elle est honnie par les gens du village. Ainsi, Edgar et Ludmilla vont se dire oui, et pas qu’une fois, comme en atteste le titre du roman…

Ainsi, au fil de des chapitres et du temps qui passe, on va découvrir un peu plus en profondeur les personnalités - évolutives, il faut le préciser – de nos deux personnages. Lui, un aventurier au charme teinté de malice et d’un gros soupçon d’escroquerie, elle, une belle exilée un peu perchée, dépendante qui va s’émanciper, assez mal à l’aise en société mais possédant une voix d’or dont elle va tirer notoriété…Au cours du livre s’enchainent donc mariages et divorces, que les cérémonies se tiennent dans le plus grand dénuement et une belle spontanéité, ou à l’inverse avec un faste et un luxe incroyables .Si Jean Christophe Rufin prend le soin de préciser au cours de l’histoire qu’il s’agit d’un ouvrage de pure fiction, on sent bien que le narrateur, qui épouse d’ailleurs Ingrid, la fille née d’une des unions d’Edgar et Ludmilla, n’est pas que le spectateur passif de ces passions amoureuses, puis dévastatrices. On en a bien entendu la preuve en fin de livre, puisque l’auteur avoue s’être beaucoup inspiré de son expérience personnelle et donc de ses émotions les plus intimes quand il s’est attelé à la rédaction de ce roman.

Pourtant, je n’ai pas été entièrement captivé par cette histoire certes originale, qui, bien qu’ayant eu le mérite d’intégrer dans son déroulement des personnages qui ont réellement existé, ne m’a pas vraiment convaincu. Peut-être parce que mon idée du mariage n’est pas forcément celle que porte l’auteur et ses personnages. Se marier puis divorcer pour se remarier avec la même compagne peut bien sûr s’envisager, mais de là à renouveler l’opération sept fois donne sérieusement à réfléchir. Certes, toutes les célébrations ne se sont pas déroulées dans les mêmes conditions, ni avec le même entourage, ni avec le même budget, ni d’ailleurs et avant tout avec le même but. Mais le remariage à l’infini est il vraiment une preuve d’amour ou plutôt un simple jeu entre des protagonistes un peu oiseux ? Une union libre autour d’un amour profond n’aurait-il pas été préférable ?

Toutes ces questions auxquelles on ne peut bien sûr répondre font que l’intérêt de ce roman est un peu limité… De plus, le roman ne rendant absolument pas les personnages attachants, on s’ennuie finalement à suivre leurs frasques, descentes aux enfers puis remontées au firmament, qui n’apportent au total pas grand-chose de constructif. On aurait aimé trouver un peu plus de profondeur dans les sentiments réciproques qui pourrait justifier un peu plus ces actions de faire et défaire ; alors peut-être que serait née une jolie fresque sentimentale.

Au-delà du rocambolesque de l’histoire, il reste la plume de Jean Christophe Rufin, mais c’est un peu maigre pour être totalement enthousiaste.

Ma note : 13/20

 photo France-Inter