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Résumé

Quand l’enfance a pour décor les années 70, tout semble possible. Mais pour cette famille de rêveurs un peu déglinguée, formidablement touchante, le chemin de la liberté est périlleux. Isabelle Carré dit les couleurs acidulées de l’époque, la découverte du monde compliqué des adultes, leurs douloureuses métamorphoses, la force et la fragilité d’une jeune fille que le théâtre va révéler à elle-même. Une rare grâce d’écriture.

Mon Commentaire

Vous connaissez Isabelle Carré ? Bien sûr, allez-vous me répondre, je connais cette sympathique actrice blonde au sourire plein de charme...Elle a obtenu le César du meilleur second rôle pour « Se souvenir des belles choses »de Zabou Breitman (2003), mais aussi au théâtre deux Molière en tant que meilleure comédienne, en 1999 (Mademoiselle Else, d’Arthur Schnitzler), puis en 2004 pour « L’hiver sous la table » de Roland Topor. On ne compte plus ses rôles au cinéma, au théâtre ou à la télévision… souvent remplis d’émotion et de délicatesse. C’est exact, vous avez raison ! Mais Isabelle Carré est beaucoup plus que cela : avec « Les rêveurs », son premier roman, c’est une magnifique écrivaine que l’on découvre. Car derrière ce joli sourire de mise se cache une vie  compliquée et souvent pleine de meurtrissures, probablement étroitement liées à l’existence pour le moins chaotique de chacun de ses parents. Au fil de ce roman autobiographique, Isabelle nous raconte comment dans les années 60 sa mère a accouché dans le plus grand dénuement de son frère aîné. Il est vrai qu’à cette époque connaître une grossesse sans conjoint était pour le moins mal vu et pouvait être la source d’opprobre ! Puis la rencontre totalement improbable de sa mère avec ce père débordant de créativité artistique dont l’existence n’aura rien d’un long fleuve tranquille. D'autant qu'il mettra du temps à accepter son homosexualité...
Au milieu de ces parents soixante-huitards baba-cool qui semblaient marginaux mais assez libérés de toute contrainte matérielle, Isabelle va devoir tracer son chemin, étant de plus la seule fille au sein de cette fratrie. Si l’environnement familial est rempli de couleurs chatoyantes, les sentiments sont quant à eux beaucoup plus dilués, notamment du côté de cette mère qui semble d’une grande fragilité physique et intellectuelle et dont la tendresse n’est pas le fort.
Avec « Les rêveurs », Isabelle Carré fait la narration de ses souvenirs d’enfance, puis d’adolescence mais souvent dans le désordre, car il n’existe pas réellement de chronologie dans son récit, qui restitue des émotions et des atmosphères comme des traits de pinceaux sur une grande toile. On a clairement l’impression qu’Isabelle Carré éprouvait un besoin d’exorciser en quelque sorte ce passé douloureux et fort encombrant.
Tout ceci constitue néanmoins un livre à la composition subtile, rempli de fragilité mais d’une grande authenticité,  écrit avec une simplicité qui va droit au cœur.
On est persuadé qu’Isabelle Carré n’a pas fini de nous surprendre par son talent multiple.

"Les Rêveurs" a obtenu le Grand Prix RTL Lire 2018

Ma note : 15/20

Photo le JDD