Résumé

En 1922, une équipe de tournage débarque à Nahbès, petite ville du Maghreb. Cette intrusion hollywoodienne, synonyme de modernité et de liberté, bouleverse le quotidien des habitants et avive les tensions entre les notables traditionnels, les colons français et les jeunes nationalistes.

De la collusion entre ces mondes et ces cultures naissent des destins et des histoires d'amour.

Cet ouvrage a reçu le Grand Prix du Roman de l’Académie française en 2015

Mon commentaire

Hédi Kaddour, poète et romancier français d’origine tunisienne nous livre ici un roman foisonnant au contenu potentiellement explosif : la rencontre dans les années 20 au cœur d’un pays du Maghreb de populations vivant en total décalage. En effet, à Nahbès (ville imaginée par l’auteur que l’on pourrait transposer dans n’importe quel pays du Maghreb), vivent d’abord des autochtones qui ont conservé leurs traditions ancestrales et religieuses, à côté de colons français qui n’ont de cesse de reconstituer là bas des coins de France, en agissant en « Prépondérants » donc quelque part en maîtres de céans. Mais dans cet équilibre déjà assez instable s’invite de plus un lot de citoyens américains, provenant d’Hollywood, qui a choisi Nahbès pour réaliser un film …

Tout ce beau monde va forcément chercher à s’appréhender et à se comprendre : la découverte du monde irrationnel et clinquant de l’Hollywood des années 20 par les habitants de Nahbès quelle que soit leur origine ne va se faire sans heurt…D’autant que parmi la population maghrébine qui subsiste sous le joug des coloniaux français commence à germer parmi les plus jeunes et les plus éduqués un sentiment nationaliste de plus en plus virulent, ou à l’opposé un sentiment de radicalité religieuse.

Si l’étude pratiquée par l’auteur sur la diversité de la population d’autochtones est bien réussie et la façon dont est appréhendée l’éducation des jeunes - y compris de certaines femmes issues de classes sociales favorisées - très intéressante, le reflet de la mentalité des colons français est malheureusement sans surprise. On assiste par ailleurs à de nombreuses digressions un peu longues sur la vie décoiffante du monde du cinéma à Hollywood, avec notamment tous les détails concernant le fameux producteur Fatty Arbuckle qui n’apportent pas grand-chose à l’histoire même si elle rappelle de façon évidente l’affaire Weinstein, actuellement tristement célèbre pratiquement un siècle après. On est bien entendu pris au jeu des principaux protagonistes : la belle actrice américaine Katherine et son mari volage Neil, la journaliste française émancipée Gabrielle, Ganthier le soldat gradé sorti vainqueur de la Grande Guerre qui ne cherche qu’à affirmer la puissance de la Nation française, Raouf, le chevalier servant de Katherine passionné par le marxisme, sa cousine Rania, jeune et belle veuve à l’éducation raffinée très occidentale…Que de clichés !

En fait Hédi Kaddour aborde de façon variée mais également très brouillonne tous les aspects opposant modernité et traditions. Si bien sûr la visite dans l’Allemagne vaincue et humiliée est également intéressante, le ton choisi pour la raconter tient davantage d’un fond d’écran sur lequel se joue une certaine romance qui prend l’avantage sur le traitement historique.

Au total, même si le roman d’Hédi Kaddour se lit sans déplaisir, les circonvolutions de l’histoire laissent un sentiment de déception, car le roman ne permet pas de ressentir le bouillonnement naissant qui va être à l’origine de grands conflits signant la disparition du colonialisme.

Ma note : 12/20