Acteurs avec les voix de:

Simon Abkarian

Zita Henrot

Swann Arlaud

Hiam Abbass

Michel Jonasz

Sébastien Pouderoux

Jean Claude Deret

Synopsis

Été 1998, Kaboul en ruines est occupée par les talibans. Mohsen et Zunaira sont jeunes, ils s’aiment profondément. En dépit de la violence et de la misère quotidienne, ils veulent croire en l’avenir. Un geste insensé de Mohsen va faire basculer leurs vies.

Mon commentaire

Zabou Breitman travaille depuis 2012 sur l’adaptation du best-seller éponyme de Yasmina Khadra, paru en 2002. L’actrice -réalisatrice décidément surprenante avait pour idée de traiter de sujets qui lui tiennent à cœur comme l’obscurantisme régnant du temps des Talibans, qui peu à peu s’était répandu en dehors des frontières de l’Afghanistan, avec comme corollaire la privation de liberté et l’intégrisme religieux reléguant notamment les femmes au stade de sous-être humain.

Elle avait d’abord pensé tourner le film en prises de vues réelles, mais comment restituer toute l’horreur de cette période, durant laquelle le quotidien s’organise autour de la prière et des activités au ralenti pour les hommes et se limite au silence et à l’invisibilité pour les femmes, où la peur et le secret sont permanents ? Zabou Breitmann a finalement opté pour une très belle collaboration avec la jeune graphiste et animatrice Eléa Gobbé-Mévellec, en réalisant un film animé. Bien entendu, on est loin de l’univers des Disney ou des réalisations de studios Ghibli, puisque l’animation est faite sur une base d’aquarelles qui représentent les lumières de Kaboul, ville fantôme dans laquelle on fait la connaissance de deux couples. D’abord, Atiq (Simon Abkarian) un gardien de prison ex-moudjahidine qui est cantonné à la surveillance des femmes qui sont régulièrement emprisonnées et son épouse Mussarat (Hiam Abbass) visiblement malade, et d’autre part un couple de jeunes idéalistes qui rêve d’un jour meilleur, Mohsen (Swann Arlaud) et Zunaira (Zita Henrot), dont l’inconscience amoureuse va les entraîner vers un funeste destin…

D’un point de vue plastique, ce film est une vraie réussite, tant par la beauté des paysages et des couleurs qui recréent une atmosphère crédible pour cette histoire dramatique. Les tons pastel utilisés permettent par ailleurs d’adoucir les scènes barbares que l’on découvre dans le film, dont les images se concentrent par exemple non pas sur la victime mais sur le visage de Mohsen qui doit assister aux scènes d’exaction… Par ailleurs, tous les visages des personnages du film semblent être inspirés par les véritables portraits des artistes qui les doublent, de plus tous ces acteurs ont fait l’objet en amont de la réalisation du film d’une captation de leurs mouvements, donnant une sensation de réalisme étonnant.

D’un point de vue psychologique, tous les éléments sont en place pour faire ressentir l’horreur de la vie des Afghans à cette époque, sans toutefois rien vraiment montrer de l’intolérable. En revanche, on partage tout au long du film l’impression d’étouffement, de misère, mais aussi de crainte que manifestent les personnages centraux dont la survie ne tient pas à grand-chose. Fidèle au roman, « Les Hirondelles de Kaboul » relatent une véritable tragédie qui se déroule sur fond de folie meurtrière du régime des Talibans. C’est la réussite d’une coréalisation qui aboutit à nous présenter un film animé original romanesque destiné aux adultes qui véhicule des valeurs profondément humanistes.

Ma note : 16/20