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Résumé

Ma famille maternelle a quitté la Roumanie communiste en 1961. On pourrait la dire "immigrée" ou "réfugiée ». Mais ce serait ignorer la vérité sur son départ d'un pays dont nul n'était censé pouvoir s'échapper. Ma mère, ma tante, mes grands-parents et mon arrière-grand-mère ont été "exportés ». Tels des marchandises, ils ont été évalués, monnayés, vendus à l'étranger. Comment, en plein cœur de l'Europe, des êtres humains ont-ils pu faire l'objet d'un tel trafic ? Les archives des services secrets roumains révèlent l'innommable : la situation de ceux que le régime communiste ne nommait pas et que, dans ma famille, on ne nommait plus, les juifs.
Moi qui suis née en France, j'ai voulu retourner de l'autre côté du rideau de fer. Comprendre qui nous étions, reconstituer les souvenirs d'une dynastie prestigieuse, la féroce déchéance de membres influents du Parti, le rôle d'un obscur passeur, les brûlures d'un exil forcé. Combler les blancs laissés par mes grands-parents et par un pays tout entier face à son passé.

Mon Commentaire

Si vous êtes auditeur de France Inter, le nom de Sonia Devillers vous est forcément familier. Chroniqueuse et journaliste de longue date, c’est pourtant en tant qu’écrivaine qu’elle m’a séduit lors d’un entretien à France Inter au cours duquel elle présentait son premier livre ‘Les exportés’. Quand on parle exportation, on pense immédiatement au commerce d’un pays, à l’échange de marchandises contre devises et avec pour but essentiel de réaliser un profit. Mais Sonia Devillers dans son livre nous raconte en fait l’histoire de ses grands-parents maternels, Harry et Gabriela, qui en 1961, lorsqu’ils ont quitté la Roumanie les objets d’obscures tractations…

Sonia Devillers a décidé de parler, de révéler ouvertement le trafic fructueux d’êtres humains qui a été opéré pendant plusieurs années par les autorités roumaines, à l’opposé de ses grands-parents, de sa mère et de sa tante qui quant à eux ont toujours souhaité taire cette aberration.

On apprend en fait que du côté maternel, les origines juives de la famille n’ont jamais constitué un point important ni aucun blocage. L’existence de ces grands parents non pratiquants s’est longtemps fondue dans le quotidien de la vie roumaine, au point qu’ils ont fini par oublier totalement ces origines. Mais avec la montée du nazisme, l’histoire les a rattrapés. D’abord parce que Sonia Devillers nous rappelle que la Roumanie, dirigé par le Général Antonescu, - le roi Michel 1er, revenu sur le trône dès 1938 - était un allié de ‘l’Axe’…Pourtant, la famille échappe miraculeusement à la déportation. Après le coup d’état de 1943 organisé par le Roi les alliances sont inversées, la démocratie est remise sur pied, mais bientôt ce sont les troupes communistes russes qui prennent le contrôle du pays…Toujours sans beaucoup d’incidence sur la vie privée des grands parents, jusqu’au jour où…

‘Les exportés’ s’avère être un document historique très instructif sur la vie des peuples de Roumanie – on sait que certaines provinces du nord du pays, en plus des Roumains, étaient composées de minorités allemandes, hongroises ou tziganes- avant et après cette seconde guerre mondiale. Avec cette analyse réalisée en profondeur, elle ressuscite des faits et des horreurs que ses aïeux avaient sciemment choisi de taire. Sa façon à elle de leur rendre justice, même si on comprend son irritation qui pointe parfois dans ses réflexions, devant ce qu’elle pense être une attitude de compromission face aux différentes situations politiques…

Cet ouvrage est d’autant plus méritoire que l’histoire de la Roumanie pendant les décennies qui ont suivi la seconde guerre mondiale a été particulièrement tue, sûrement sous le coup du régime dictatorial qui s’est instauré jusqu’à la chute de Nicolae Ceausescu en 1989. Et cela ne fait pas si longtemps que les archives de la Securitate (Police Politique) ont été rendues accessibles au public.

‘Les Exportés’ constitue une nouvelle pierre à l’édifice déjà très imposant des atrocités que l’Homme est capable de perpétrer, en espérant que ces crimes du passé servent de leçon pour le futur.

Ma note : 16/20
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Photo TF1.fr

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