Résumé

"1515, Venise. « Quand Mercurio s’était jeté dans le canal, Giuditta avait eu la tentation de le retenir. Ou de s’y jeter avec lui. Elle ne voulait pas renoncer à la sensation de sa main dans la sienne. Elle ne voulait pas renoncer à lui. Déjà, les nuits précédentes, dans le chariot, elle avait senti une forte attraction pour les yeux de cet étrange garçon. Qui était-il ? Il n’était pas prêtre, il le lui avait avoué. Quels mots avait-il dits en sautant du bateau ? Elle se souvenait à peine. Sa tête se faisait légère. “Je te retrouverai”, voilà ce qu’il avait dit. »
La misère radieuse d’une bande d’enfants perdus, la fille secrète d’un médecin sans diplômes, la découverte de l’amour, l’or, le sang, la boue, l’honneur… pour son nouveau roman, Luca Di Fulvio vous emporte à Venise.
Une intrigue efficace, des dialogues authentiques et des personnages tous plus attachants les uns que les autres... Un roman historique unique.

Mon Commentaire

Le roman « Les enfants de Venise » nous emmène en Italie, en 1515, sur la trace d’orphelins survivant misérablement à Rome. L’un d’eux, Mercurio, est un jeune escroc talentueux et plein de ressources qui n’a pas froid aux yeux, dont on va suivre la vie trépidante durant trois courtes années (pendant tout de même près de 1000 pages) remplies d’aventures et de rebondissements. C’est surtout lors de son séjour à Venise qu’on va découvrir quel genre de jeune homme il est, alors qu’il va être confronté à de multiples situations compliquées, sur fond de problèmes sanitaires, économiques, politiques et religieux, situations souvent périlleuses au sein de « la Sérénissime ». A cette époque, Venise est une ville très prospère et la capitale européenne du commerce, mais aussi une République des Doges qui a le pouvoir de s’opposer au diktat de l’église romaine. Il ne faut bien sûr pas oublier qu’on est encore en pleine période d’obscurantisme et que la Sainte Acquisition joue un rôle omniprésent, chassant, condamnant et brûlant à tour de bras lors de procès truqués, les « sorciers » non chrétiens, à commencer par les Juifs dont la présence est néanmoins tolérée à Venise.
Mercurio va y découvrir notamment l’amour et se constituer un environnement familial et relationnel important – ce dernier parfois plus par contrainte que par véritable choix.
Luca di Fulvio excelle dans son côté descriptif de Venise, nous emmenant au gré des pages de la place Saint Marc au Rialto, poumon économique de la cité et à travers les ruelles sordides et les canaux malpropres jusqu’au fin fond des tavernes ou des chambres des auberges pouilleuses. La restitution de l’atmosphère est totalement réussie, permettant au lecteur de bien s’imprégner de l’ambiance.
De même, l’analyse de la population est très réussie, les portraits des miséreux, mourant soit de maladie soit de faim alternant avec ceux des prostituées, mais aussi des notables ou des princes, dotés pour ces derniers de conditions de vie luxueuses, mais dont la personnalité n’est pas particulièrement flatteuse ni enviable.
Quant à l’histoire elle même, elle convient parfaitement à tout lecteur amoureux de Romanesque avec un grand R, même si cela tend à la rendre un peu trop souvent invraisemblable. L’auteur nous rappelle évidemment que la Commedia Del Arte n’est pas loin, surtout lorsqu’il nous montre les nombreux talents du jeune héros Mercurio, qui possède notamment celui d’être un spécialiste des déguisements. Mais la multiplication de ceux-ci et leur côté répétitif un peu trop facile finit par conférer au roman un aspect un peu lassant car ouvertement enfantin. Même si un héros ne meurt jamais !!
C’est ce que j’ai regretté le plus en lisant ce livre fleuve, qui s’apparente malheureusement parfois plus à un ouvrage destiné aux jeunes lecteurs ou aux purs amateurs d’aventures de cœur. Même si le récit ne se déroule pas à la même époque, le traitement de l’histoire m’a fait penser à la série des films « Angélique », parus au cinéma dans les années 70 : comme pour ces films, où l’histoire de cœur dominait, les mésaventures de Mercurio et ses amis - et ennemis - prennent clairement le pas sur le récit historique. Même si le lecteur est bien entendu captivé par tous les personnages assez attachants du roman et si le suspense en matière d’histoire de cœur perdure jusqu’à la fin, on aurait aimé encore davantage d’informations sur cette République de Venise du XVIème siècle dans le contexte de la découverte du nouveau monde et dans cette période européenne charnière qui s’ouvre sur la Renaissance.

Un bon roman-fleuve d’été qui se dévore aisément mais un peu trop léger à mon goût.

Ma note : 15/20
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photo ActuaLiité