Résumé

Ils se nomment Bourgeois et leur patronyme est aussi un mode de vie. Ils sont huit frères et deux sœurs, nés à Paris entre 1920 et 1940. Ils grandissent dans la trace de la Grande Guerre et les prémices de la seconde. Aux places favorites de la société bourgeoise – l’armée, la marine, la médecine, le barreau, les affaires -, ils sont partie prenante des événements historiques et des évolutions sociales. De la décolonisation à l’après Mai 68, leurs existences embrassent toute une époque.

Mon Commentaire

Les « Bourgeois », avec un B majuscule, c’est le patronyme de toute une famille dont la romancière Alice Ferney nous raconte ici l’histoire sur plusieurs générations, depuis la fin du XIXème siècle jusque dans les années 1970. Mais c’est aussi la découverte de leur mode de vie, celui de la bourgeoisie catholique pratiquante bien pensante, souvent besogneuse et toujours patriotique. Le livre s’arrête surtout sur le destin de cette fratrie de dix enfants, huit garçons et deux filles, tous nés entre 1920 et 1940, entre les deux guerres…

Pour la narration de ces tranches de vie, on ne sait pas vraiment qui tient la plume - Alice Ferney elle-même ?- et on se dit que cela n’a finalement pas vraiment d’importance. Il s’agit en tout cas  de l’une des nombreuses descendantes contemporaines de cette famille tentaculaire. En revanche, le regard qu’elle porte sur ces aïeux directs ou indirects est souvent clairvoyant, voire incisif, puisqu’au fil des pages elle compare certaines attitudes adoptées à celles qui prévalent en ce début du XXIème siècle.

L’originalité du roman est d’être parvenu à capter l’intérêt du lecteur à travers tout un kaléidoscope composé d’images de scènes de vie retranscrites lors de sauts incessants entre le passé et le présent, comme pour refléter des époques et le vécu d’alors. Plusieurs éléments sont à noter : chez les Bourgeois, les femmes n’existent que pour le service de leurs époux, pour la procréation -  l’assurance de la descendance oblige -, et la bonne tenue de la maisonnée. En revanche, elles ne disposent en revanche d’aucun autre pouvoir, ni ne peuvent en principe accéder aux études et obtenir un métier. Même si la famille ne roule pas sur l’or - il est vrai que les traitements des métiers de l’armée, de la marine sont souvent modérés, que les affaires sont parfois difficiles - l’argent ne semble en aucun cas un problème de fond, les émoluments du chef de famille suffisent à combler les besoins du ménage et l’entretien des enfants.

Il est intéressant de constater qu’il faudra presque le temps d’une génération pour que les mentalités ça et là commencent à évoluer, comme si y compris après la disparition du patriarche (en 1967 !), les idées reçues dans le cadre de l’éducation d’une époque déterminée étaient immuables malgré l’évolution manifeste des mœurs de la société et la disparition progressive des carcans sociaux.

« Les Bourgeois » sont une véritable saga familiale alliant la petite histoire à la Grande. Alice Ferney écrit d'une main de maître cette véritable généalogie, puisque se succèdent en fait dans le livre quatre générations. On prend des racines dont on est héritier puis on transmet l’hérédité, l’identité sociale, morale et affective. Avec au fil des pages se déroule l'inexorable tourbillon de la vie, faite de joies, de drames, de traumatismes, d'abandons, d'échecs et de succès...
Un roman sur la transmission et l'engagement, la fidélité à la parole donnée. Des valeurs sur lesquelles toute une famille s'est construite, un solide socle qui l'a fait tenir debout...Mais des valeurs qu’on se prête aussi à ne pas partager tant elles manquent parfois de logique et de consistance, sur lesquelles la prise d’un recul et une analyse critique auraient été nécessaires. Clairement pas les valeurs d’une société progressiste.

Ma note : 15/20

Photo Oltome