Résumé

Mal aimée par une mère avare et dure, sa fille unique, à la mort de celle-ci, hérite d’un canapé-lit remarquablement laid. Elle charge ses deux fils et sa belle-fille de transporter la relique depuis la banlieue parisienne jusque dans la maison familiale d’Auvergne. Durant cette traversée de la France en camionnette, les trois convoyeurs échangent des souvenirs où d’autres objets, tout aussi dérisoires et encombrants que le canapé, occupent une place déterminante. 
À travers l’histoire du canapé et de ces objets, c’est toute l’histoire de la famille qui est racontée, mais aussi celle de la relation forte et conflictuelle entre les deux frères.
Un récit hilarant, parfois féroce dans la description des névroses familiales, plein de tendresse bourrue, de hargne réjouissante, d’érudition goguenarde. 

Mon Commentaire

Certes, le point de départ est pour le moins original : il est en effet extrêmement rare que le simple déplacement routier d’un meuble de famille de Paris vers la maison familiale de province suscite autant d’émoi et de souvenirs. D’autant que ce canapé-lit n’est pour l’espèce pas particulièrement beau ni confortable, mais qu’on le déplace comme un cortège funèbre le ferait avec un cercueil.

Alors, on se dit que faire la route de Paris à l’Auvergne va effectivement donner lieu à des échanges peut- être truculents ou encore peut être à des règlements de compte en bonne et due forme entre ces deux frères au tempérament bien trempé !

Malheureusement pour ma part, ce voyage ne m’a qu’à moitié passionné. Une fois faite la connaissance un peu plus profonde des trois personnages convoyant le meuble, pour ce qui concerne les frères Jourde n’étaient définitivement pas prédestinés à des carrières de haut vol compte tenu de leurs comportements estudiantins, les anecdotes racontées par Pierre Jourde et son frère se révèlent d’un intérêt très inégal. Bien qu’elles portent évidemment à sourire (mais de là à rire aux éclats…), la tendance à se complaire souvent dans le récit de scènes scatologiques ne m’a pas particulièrement séduit et m’a même plutôt agacé. Il faut néanmoins passer par ces étapes peu ragoûtantes pour découvrir le véritable talent du narrateur, dont on appréciera l’espièglerie – il n’hésite pas à interpeler directement le lecteur à plusieurs reprises – mais aussi la causticité, notamment vis-à-vis de ses pairs écrivains -ah, la remise des prix à l’Académie Française, fantastique ! - et de cette incroyable famille auvergnate dont il est issu et dont l’avarice et la froideur de cœur sont à l’origine du périple de Paris à Lussaud. Si j’ai été assez hermétique à de nombreuses anecdotes de la vie des deux frères, j’ai en revanche davantage apprécié de parcourir à leurs côtés- presque assis dans le Jumper - la route qui descend vers la maison de famille, itinéraire que j’ai moi-même parcouru à de nombreuses reprises avec mes parents lors de départs en vacances vers le sud.

Un roman inégal, rempli indéniablement de sentiments très personnels, dans lequel l’érudition un peu nombriliste de l’auteur alterne avec des échanges d’une qualité assez pauvre, notamment lors des dialogues des convoyeurs de cet encombrant canapé-lit, sous couvert de vouloir faire de l’humour un peu racoleur.

Ma note : 12/20

Photo La Montagne