Acteurs 

Dogu Demirkol

Murat Cemcir

Bennu Yildirimlar

Hazar Ergüçlü

Synopsis

Passionné de littérature, Sinan a toujours voulu être écrivain. De retour dans son village natal d’Anatolie, il met toute son énergie à trouver l’argent nécessaire pour être publié, mais les dettes de son père finissent par le rattraper…

Mon commentaire

Sinan (Dogu Demirkol) vient de terminer ses études universitaires à Çanakkale, petite ville des Dardanelles et rentre au pays, plus exactement à Çan, petit bourg sans charme du sud-ouest d’Anatolie, uniquement connu pour sa proximité avec le légendaire site de Troie. Sinan retrouve ainsi ses parents et sa sœur, mais dès son arrivée, il apprend que son instituteur de père (Murat Cemcir) dilapide l’argent du ménage en jouant aux courses, au grand dam de son épouse et de sa fille qui sont contraintes à une vie chiche et sont devenues la risée des voisins et amis...
En attendant de passer un concours qui lui permettra d’enseigner à son tour, Sinan, passionné de littérature, de son côté a pour principal projet la publication du livre qu’il a écrit, intitulé « le poirier sauvage », du nom d’un arbuste rabougri aux fruits irréguliers mais délicieux qui pousse dans la région, et qui de plus fait aussi allusion à l’arbre qui trône au beau milieu du champ de son grand père. Il mène des démarches auprès de différents interlocuteurs pour obtenir une aide en matière de financement pour la publication. Mais malgré un accueil plutôt enthousiaste, les fonds sont difficiles à rassembler. Et faute de métier à court terme, il va être contraint de partir au service militaire.
Le réalisateur turc Nuri Bilge Ceylan réalise ici un très beau film qui relate non seulement les relations houleuses et tendues en un fils et son père, mais montre aussi les divergences de point de vue qui existent entre un jeune homme ‘instruit’ et les membres d’une société de province qu’il veut fuir absolument. Tout au long de cette belle chronique filmée au gré des saisons dans des paysages souvent magnifiques sous une lumière superbe, à travers les personnages de cette histoire, le metteur en scène débat de nombreuses thématiques existentielles qui lui sont chères. Elles sont toujours sources de discussions animées dans cette société turque : la place de la femme au sein de celle-ci, le rôle des parents et des grands parents et leur influence culturelle et sociale sur leurs descendants, les valeurs de la religion musulmane analysée ici à travers une discussion passionnée entre deux imams dont les valeurs s’opposent en présence de Sinan, l’importance de la littérature et des écrivains turcs.
Tout concourt à nous brosser le portrait d’une société qui hésite entre le progrès et la technologie du  XXIème  siècle - avec son lot de laissés pour compte - et les traditions et valeurs ancestrales. Et Sinan ce jeune homme cultivé ne peut que réaliser à ses dépens après avoir eu un comportement ironique, sarcastique voire cruel vis-à-vis des siens, qu’il ne suffit pas de vouloir se démarquer de ses parents pour réussir sa vie. Qu’on le veuille ou non, on hérite d’une partie de leur patrimoine génétique, qui avec les années passant, un jour ou l’autre amène tout un chacun à reproduire certains de leur comportement.
« Le poirier sauvage » est un film brillant et intelligent, pétri de réflexions profondes, même si parfois les échanges thématiques peuvent sembler un peu trop longs . Il est de plus monté avec une précision chirurgicale par Nuri Bilge Ceylan lui-même et malgré sa durée exceptionnelle (3h08) mérite néanmoins vraiment qu’on s’y attarde et qu’on se laisse prendre par son charme.

 

Après « Winter Sleep » en 2014 qui a obtenu la Palme d’or, c’est la seconde participation de Nuri Bilge Ceylan en compétition au Festival de Cannes.

Ma note : 16/20