le monde n'existe pas
le monde n'existe pas
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Résumé

« Autrefois, j’avais un ami. Je l’ai rencontré il y a bien longtemps, par un jour d’hiver, sautant de sa voiture et grimpant quatre à quatre les marches du lycée Franklin. C’est le souvenir le plus vivace que j’aie de lui, une impression inégalable d’éclat et de beauté. Figé sur les marches, rempli d’admiration et de honte, j’étais égaré dans ma condition de "nouveau", égaré en moi-même. Il m’a sauvé – des autres, de ma propre jeunesse. Des années plus tard, alors que cet homme était devenu une image détestée, j’ai tenté de le sauver. J’aurais aimé qu’on sache qui il était vraiment.»
Lorsque Adam Vollmann, journaliste au New Yorker, voit s’afficher un soir sur les écrans de Times Square le portrait d’un homme recherché de tous, il le reconnaît aussitôt : il s’agit d’Ethan Shaw. Le bel Ethan, qui vingt ans auparavant était la star du lycée et son seul ami, est accusé d’avoir violé et tué une jeune Mexicaine. Refusant de croire à sa culpabilité, Adam retourne à Drysden, où ils se sont connus, pour mener l’enquête. Mais à mesure qu’il se confronte au passé, toutes ses certitudes vacillent…
Roman haletant et réflexion virtuose sur la puissance du récit, Le monde n’existe pas interroge jusqu’au vertige une société aveuglée par le mensonge, où réalité et fiction ne font qu’un.

Mon Commentaire

Plantons le décor de ce roman au titre pour le moins étrange : Drysden, une petite ville sans charme du Colorado, le meurtre d’une jeune fille, un journaliste enquêteur de retour au pays et un coupable présumé, en fuite bien sûr. Rien de plus normal comme point de départ pour un classique polar américain me direz-vous ? Sans aucun doute… Mais Fabrice Humbert, l’auteur du ‘monde n’existe pas’ va nous emmener sur des pistes bien différentes de celles qu’on attend.

Le journaliste Adam Vollmann va d’autant plus s’impliquer qu’il découvre par hasard que le présumé coupable n’est autre qu’Ethan, un ami de collège et un être solaire pour lequel il a éprouvé un amour platonique, et dont le portrait-robot de violeur établi par les médias ne colle pas avec la réalité…

Pas facile pour Adam de replonger dans ce passé qu’il a fui et d’être confronté à des personnages qu’il exécrait ou craignait quand il était ado…

L’auteur petit à petit brosse le tableau d’une ville et d’une population bien typiques de l’Amérique profonde, plus attachées aux normes et à la linéarité qu’au questionnement sur la légitimité des faits. Là-bas, il n’y a pas de place pour les personnes qui ne ‘rentrent pas dans le moule’. Ce sentiment de domination permanente et de détention de la seule vérité est exacerbé par l’omniprésence des tabloïds, la puissance des chaînes locales mais aussi la capacité de nuisance fulgurante des réseaux sociaux….

Si l’idée l’enquête sous le seul angle des médias est séduisante, Fabrice Humbert fait glisser son propos vers une œuvre ultra-réaliste qui laisse un peu pantois tant les faux semblants s’accumulent au point de rendre son récit un peu trop complexe pour être parfaitement compréhensible pour le lecteur. Son idée est sans doute de vouloir interroger le lecteur sur sa capacité globale à analyser les comportements sociétaux, en lui faisant même entendre que tout ce qui est montré de façon officielle peut se révéler être totalement factice – ah, les fake news ! -, au point de réaliser que nous ne serions que des ‘pantins’ forcément manipulables à un moment ou un autre.

Certes, Fabrice Humbert illustre sa thématique de belles références littéraires ou cinématographiques et le tout fait même joliment froid dans le dos…Mais la chute abrupte est également assez déconcertante et laisse le lecteur sur sa faim et plein de questionnements qui ne trouveront pas de réponse…Dommage.

Ma note : 14/20
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photo Franceinter.fr