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Résumé

Peut-être un jour serais-je capable de faire le portrait du rien. De la même façon qu'un peintre avait été capable de dessiner Le Meurtre du Commandeur. Mais il me faudrait du temps avant d'y parvenir. Je devais faire du temps mon allié.
Quand sa femme lui a annoncé qu'elle voulait divorcer, le narrateur, un jeune peintre en panne d'inspiration, a voyagé seul à travers le Japon. Et puis, il s'est installé dans la montagne dans une maison isolée, ancienne propriété d'un artiste de génie, Tomohiko Amada.
Un jour, le narrateur reçoit une proposition alléchante : faire le portrait de Wataru Menshiki, un riche homme d'affaires. Tandis que celui-ci pose comme modèle, le narrateur a du mal à se concentrer. Quelque chose chez Menshiki résiste à la représentation.
Une nuit, il découvre un tableau dans le grenier, une œuvre d'une grande violence, le meurtre d'un vieillard, comme tirée du Don Giovanni de Mozart. C'est Le Meurtre du Commandeur. Cette peinture obsède le narrateur. Et des choses étranges se produisent, comme si un autre monde s'était entrouvert. À qui se confier ? À Menshiki ? Mais peut-il vraiment lui faire confiance ?
Premier livre d'une œuvre exceptionnelle, dans la lignée du monumental 1Q84, un roman somme, ambitieux, profond. Deux tomes pour une odyssée initiatique étrange, inquiétante, envoûtante, où le maître Murakami dévoile ses obsessions les plus intimes.

Mon Commentaire

La lecture ce premier opus du "Meurtre du commandeur" nous donne l'occasion de retrouver tout ce qui fait le charme de l'univers du prolixe romancier Haruki Murakami, quelque part à mi-chemin entre les réflexions et sentiments intimes et le fantastique.

Pourtant, au départ, les soucis que rencontre le narrateur, un peintre devenu simple portraitiste de 36 ans, semblent bien issus du réel. Pour commencer, il fait face à un divorce rien que banal, puisqu'il est mis à la porte par son épouse Yuzu sans qu'il y ait de réelles explications, entraînant des désillusions et son errance de plusieurs mois en voiture à travers le Japon...Puis arrive le moment de l'installation provisoire au milieu de la montagne dans la maison de Tomohiko Amada, père de son ami et artiste de génie entré en maison médicalisée. A cela se rajoute la rencontre avec un riche homme d'affaires, cet élégant et étrange voisin, tour à tour généreux et plein de retenue, mais au passé extrêmement flou, Wataru Menshiki, qui va lui demander de réaliser son portrait. Mais l'inspiration du portraitiste d'antan ne fonctionne plus, comme si le fait de représenter Menshiki était comme bloqué...

Comme pour chaque roman, les références historiques et culturelles sont nombreuses et qualitatives, notamment lors de l'approche de cette toile, "le Meurtre du Commandeur", qui va se trouver être le point de relation entre le réel et l'imaginaire, le réel et 'les idées', idées qui vont même prendre forme humaine devant les yeux du narrateur.

On peut d'ailleurs féliciter chaleureusement la traductrice du roman (Hélène Morita) pour avoir su trouver les bonnes expressions souvent cocasses avec lesquelles Le Commandeur, ce personnage incarnant les idées s'exprime...

Sans vouloir dévoiler quoi que ce soit de plus de ce premier livre, on peut juste confirmer que le talent de Murakami fonctionne encore une fois à plein, s'exprimant à travers les réflexions intimes des personnages, mais également autant dans l'ambiance créée qui règne au fil des pages que dans l'écriture elle-même. On se laisse également prendre par le choix des magnifiques titres suggestifs illustrant chacun des chapitres, comme "le clair de lune illuminait toute chose », « la curiosité ne tue pas seulement les chats », « l''instant où présence et absences allaient se mêler », ou encore « Franz Kafka aimait les routes en pente » ...

Même si le rythme du livre est lent et évolue consciemment au fil des saisons et des couleurs de la nature, cette langueur un peu anesthésiante n'empêche pas de vouloir se précipiter sur le second tome...

Ma note : 16/20

Photo lireclassique.canalblog.com