Résumé

« C’était la seule à Nyala et sans doute même dans tout le Soudan à s’appeler Abderahman. » Avec son prénom d’homme et sa cicatrice à la joue, terrible signe de beauté, Abderahman est la fille de fortune de tante Kharifiyya, sans enfant et le cœur grand, qui l’a recueillie un jour de marché en lui demandant de ne jamais parler de la guerre. De la guerre, pourtant, Abderahman sait tout, absolument tout.
C’est un jour de marché qu’elle rencontre Shikiri, jeune idéaliste enrôlé de force dans l’armée, venu en permission chez sa tante Kharifiyya. Ni une, ni deux, Abderhaman en fait joyeusement son mari. Et lui demande dans la foulée de l’aider à se venger des terribles milices janjawids en en tuant au moins dix.
Formidable épopée d’une amazone de circonstance dans un monde en plein chaos, le Messie du Darfour est une histoire d’aventure et de guerre, une histoire d’amour et de vengeance, qui fait la part belle à l’humour et à la magie du roman.

Mon Commentaire

En racontant l’incroyable parcours d’Abderahman, cette femme guerrière décidée à venger les siens des terribles exactions perpétrées par les mercenaires janjawid, Abdelaziz Baraka Sakin ne fait que raconter avec un esprit romanesque comment son pays, le Soudan, a procédé à une épuration ethnique en éliminant systématiquement les Soudanais non musulmans du Darfour…tout cela dans une indifférence totale de la communauté internationale.
Mais pour être tout à fait honnête, la lecture du « Messie du Darfour » est un peu ardue et il est probablement nécessaire de partir à la recherche d’informations historiques détaillées sur le Soudan pour pouvoir mieux comprendre les intentions des parties prenantes de ce roman.
Dans le récit, on suit tour à tour la vie de différents personnages de l’entourage direct d’Abderahman, dont celle de sa tante Kharifiyya et d’Ibrahim Khidir, dont Abderahman a fait son mari avant qu’il ne soit incorporé de force dans les contingents des soldats de l’état. Le fait marquant est que tout cela est écrit comme s’il s’agissait d’une succession de paraboles, alors qu’en fait les actions relatées ne sont que le reflet d’évènements historiques inspirés sans aucun doute de faits cruellement authentiques.
Ce roman est un cocktail de violence mais néanmoins aussi transmet un message d’espoir, celui de retrouver une paix plus que méritée. Même si par une volonté de vengeance on peut comprendre que la violence engendre souvent la violence, force est de constater que lorsqu’un pays se retrouve ravagé par des années de conflits meurtriers, il est temps de se poser et de passer à la suite, pour un avenir meilleur.
Si j’ai choisi d’acheter ce livre, c’est d’abord pour mieux comprendre tous les éléments d’un conflit d’une barbarie incroyable pour lequel l’Europe ne s’est guère passionnée. Les récits des combats sont effectués de façon extrêmement brillante, montrant le réel talent de cet écrivain soudanais et sa faculté de glisser de la poésie même lors de passages difficiles ou étranges. En revanche, les allées et venues de l’auteur sur le récit autour de ses personnages sont déstabilisantes et laissent un goût amer, tant on peine dans la forme à suivre le fil de l’histoire même si le livre ne compte que 200 pages. D’autant que ce « Messie du Darfour » qui fait le titre du roman n’a qu’un rôle très subalterne au total, même si ses adeptes de toute origine se multiplient en fin de parcours, laissant entrevoir l’arrivée d’un début de paix, à défaut de la fin réelle d’un conflit sanglant sur lequel les Nations Unies ont choisi de fermer les yeux.

 

« Le Messie du Darfour » a obtenu le Prix Littérature Monde 2017

Ma note : 12/20
photo  le Parisien 

Photo Gangoueus.blogspot.com