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Résumé

Il n’a pas de nom. Il ne parle pas. Le garçon est un être quasi sauvage, né dans une contrée aride du sud de la France. Du monde, il ne connaît que sa mère et les alentours de leur cabane. Nous sommes en 1908 quand il se met en chemin, d’instinct.
Alors commence la rencontre avec les hommes : les habitants d’un hameau perdu, Brabek, l’ogre des Carpates, philosophe et lutteur de foire, l'amour combien charnel avec Emma, mélomane lumineuse tout à la fois sœur, amante et mère. « C’est un temps où le garçon commence à entrevoir de quoi pourrait bien être, hélas, constituée l’existence : nombre de ravages et quelques ravissements. » Puis la guerre, l’effroyable carnage, paroxysme de la folie des hommes et de ce que l’on nomme la civilisation.
Itinéraire d’une âme neuve qui s’éveille à la conscience au gré du hasard et quelques nécessités, ponctué des petits et grands soubresauts de l’Histoire, le Garçon est à sa façon singulière, radicale, drôle, grave, l’immense roman de l'épreuve humaine.

Mon Commentaire

D’emblée, ce « garçon » dont nous faisons la rencontre semble être un personnage à part, puisqu’il ne parle pas et ne connaît à l’entrée du XXème siècle pas grand-chose du monde qui l’entoure, hormis sa mère qui le materne et lui apprend comment survivre en pleine nature. Et puis arrive le moment où ce garçon doit se débrouiller seul, se fiant uniquement à ses instincts très primaires, mais qui ne demandent en réalité qu’à être développés.

Le livre couvre donc toute la période de la vie de cet étrange jeune homme à la candeur désarmante mais à la force herculéenne de 1908 à 1938. Et même ‘il n’a pas de nom et qu’il ne parle pas, ce garçon existe bel et bien et on s’attache petit à petit à son tempérament, à ses sensibilités souvent exacerbées qui surprennent de la part d’un ‘rustre’. Marcus Malte excelle dans le récit des rencontres du garçon, grâce à l’usage d’une plume hors du commun, utilisant un vocabulaire précis, imagé et poétique accentuant l’envie d’aller plus loin dans le parcours de ce phénomène, partant des habitants d’un hameau perdu, arrivant à la rencontre avec Brabek, l’ « ogre des Carpates », lutteur de foire philosophe pour aboutir à la rencontre de la lumineuse Emma, mélomane et pianiste émérite avec laquelle il va vivre un amour débridé, le ‘garçon’ va voir s’affiner sa personnalité et ses goûts.

Mais dans un contexte de turbulence politique, il va bientôt vite découvrir les ravages et le carnage de la guerre des tranchées : est- ce réellement ce que la civilisation des hommes a de mieux à proposer à ses concitoyens ? Qui est le plus sauvage des deux : le « garçon » ou bien ce régime infatué qui envoie les hommes au combat où ils deviennent de la chair à canon ?

Toutes ces réflexions se mêlent au fil de ce roman extrêmement intéressant et original, l’apogée de celui-ci étant atteint avec les ébats amoureux et le libertinage d’Emma et de ce garçon. Il est assez surprenant de voir l’imagination fertile dont tous deux font preuve pour atteindre l’orgasme le plus violent, mais aussi la violence d’Emma vis-à-vis de ses proches lorsqu’il s’agit de se résoudre à laisser partir le garçon au front.

Un petit bémol sur ce livre néanmoins sur la période qui court de 1918 à 1938 : sans rien divulguer de l’histoire, de toute évidence, il s’agit pour le garçon d’un retour à la case départ. Mais au fil des pages on ressent une impression de longueur plus forcément passionnante et une certaine lassitude. On avait bien apprécié que Marcus Malte émaille les chapitres d’énoncés de faits réels, qu’ils soient économiques, politiques, historiques ou anecdotiques pour bien situer les périodes de ses narrations ; en revanche, le stratagème marche moins bien dans la dernière partie car la vie du garçon n’est résumée qu’à la narration de rebondissements lors de son périple, narration dépourvue de sentiments et de profondeur d’âme.

Si Marcus Malte était déjà connu pour ses romans noirs, il prouve avec ‘le garçon’ qu’il possède un talent fou avec la réalisation de cette véritable fresque de 550 pages. Le lecteur tombe littéralement sous le charme et la séduction d’un sauvage mutique, totalement vierge de toute trace de civilisation, mais dont la personnalité va se modeler par absorption de tout ce qu’il va découvrir et des personnages qu’il va rencontrer. Ce garçon est comme une page blanche qui va se noircir au gré des apprentissages de la vie. Un roman très touchant.

« Le garçon » de Marcus Malte a obtenu le Prix Fémina en 2016

Ma note : 16/20

Photo Babelio