Résumé

En ces premières années du XXIème siècle, le monde présente de nombreux signes de dérèglement. Dérèglement intellectuel, caractérisé par un déchaînement des affirmations identitaires qui rend difficiles toute coexistence harmo­nieuse et tout véritable débat. Dérèglement économique et financier, qui entraîne la planète entière dans une zone de turbulences aux conséquences imprévisibles, et qui est lui-même le symptôme d'une perturbation de notre système de valeurs. Dérèglement climatique, qui résulte d'une longue pratique de l'irresponsabilité...
L'humanité aurait-elle atteint son «seuil d'incompétence morale»?
Dans cet essai ample, l'auteur cherche à comprendre comment on en est arrivé là et comment on pourrait s'en sortir. Pour lui, le dérèglement du monde tient moins à une «guerre des civilisations» qu'à l'épuisement simultané de toutes nos civilisations, et notamment des deux ensembles culturels dont il se réclame lui-même, à savoir l'Occident et le Monde arabe. Le premier, peu fidèle à ses propres valeurs; le second, enfermé dans une impasse historique.
Un diagnostic inquiétant, mais qui débouche sur une note d'espoir: la période tumultueuse où nous entrons pourrait nous amener à élaborer une vision enfin adulte de nos appartenances, de nos croyances, de nos différences, et du destin de la planète qui nous est commune.

Mon commentaire

On connaît surtout le talent d’Amin Maalouf à travers tous les romans historiques qu’il a écrits durant ces dernières décennies. Mais ici, il s’agit ni plus ni moins que l’essai d’un homme inquiet de la tournure que prend l’humanité en ce début du XXIème siècle, qui semble désormais sans boussole. Il y fait une analyse fine des différentes civilisations peuplant le monde, avec un œil plutôt critique et sans jamais aucun parti pris. Son style est simple, clair, précis et incisif, rendant la lecture particulièrement facile et passionnante.

Avec cet ouvrage paru en 2009, il nous éclaire d’ailleurs sur une certaine analyse extrêmement bien sentie des relations Nord-Sud depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Quelle est désormais la légitimité du pouvoir de certains pays sur le reste de la population du globe ? Il est clair que les décisions hégémoniques découlant de la politique américaine de l’équipe de George W Bush après les attentats du World Trade Center de 2001 ont probablement accéléré le malaise global, avec une montée des communautarismes et de l’extrémisme. Amin Maalouf de par sa nationalité et son éducation réalise ici un véritable travail d’orfèvre et d’historien tant il connaît bien les problématiques relatives au Moyen Orient, notamment le souci pour cette région du globe d’être reconnue sur le plan international en tant que communauté, d’où une soif incessante d’être représentée par des personnalités au profil extrêmement fort qui soient à même de défendre une unité, que ce soit Kemal Atatürk en Turquie, Nasser en Egypte, le Shah d’Iran, ou Saddam Hussein en Irak…

« Le dérèglement du monde » est juste un constat, car l’auteur ne porte aucune accusation envers qui que ce soit. C’est la réflexion d’un sage sur un état de fait : la situation est extrêmement grave et nécessite de grands changements à venir. Même s’il faut rester malgré tout optimiste face à un état des lieux plutôt sombre, les solutions ne sont pas très nombreuses et doivent être trouvées et implémentées rapidement. Et même si le livre a été écrit en 2009, l’analyse aujourd’hui reste absolument identique, rendant par conséquent sa lecture d’un intérêt extrêmement contemporain.

Ma note : 15/20