Résumé

Ce livre se propose d'analyser les influences étrangères qui se sont exercées sur le cinéma iranien, depuis ses débuts tardifs, à la veille du "parlant", jusqu'au déclenchement de la révolution islamique. Cette périodisation apparaît pertinente, clans la mesure où elle correspond au règne des Pahlavi, marqué justement par une forte dépendance vis-à-vis des puissances occidentales (d'abord la Grande-Bretagne puis les Etats-Unis).
Cette dépendance se traduit aussi dans le domaine culturel et explique que la lente construction d'un cinéma national se soit faite sons l'influence directe des cinématographies étrangères, qu'elles soient occidentales, arabes, ou encore indiennes, principalement à travers la diffusion massive de films étrangers sur les écrans iraniens et à travers la formation des cinéastes iraniens à l'étranger.
Le livre distingue les influences des cinémas des pays voisins (arabo-turcs et indiens), puis s'attarde sur l'influence du cinéma américain des années 50 et 60, en particulier les genres d'action, puis celle du néo-réalisme italien, de De Sica à Antonioni et Comencini, enfin de la Nouvelle Vague française qui impose à la fois une esthétique et une économie, celle du cinéma à petit budget, favorables à l'émergence d'un cinéma d'auteur.
La dernière partie pose la question de l'existence d'un cinéma national iranien, que l'auteur identifie à des lieux de tournage privilégiés (le hammam, la maison de thé, le cimetière, la mosquée. le foyer familial...), correspondant aux formes principales de sociabilité iranienne, dans lesquelles le public se reconnaît. Ces influences montrent aussi comment nous avons tous appris les uns des autres.
afin d'arriver à mieux s'exprimer, et c'est exactement ce qui a mené peu à peu les cinéastes iraniens à créer leur propre cinéma, élaboré selon leurs propres moyens et leurs propres codes culturels... un cinéma fidèle à ses caractéristiques territoriales et ses convictions, comme l'auteur le mentionne dans son dernier chapitre au sujet de khaneh, de la mosquée, du cimetière, de Ghahva-Khaneh et du Zour-Khaueh.
L'originalité du sujet réside dans le fait que le cinéma iranien était jusqu'ici peu exploré dans les études cinématographiques, notamment le cinéma de la période précédant la révolution islamique. La question était complexe, exigeant la connaissance de différentes cultures et des approches différentes - historique, sociologique, esthétique, interculturelle. L'ensemble regorge d'informations sur l'histoire et la société iranienne (sur les codes et les principes moraux et religieux qui la régissent) et sur le cinéma iranien.
Le livre nous montre ainsi comment un cinéma "sous influences" a pu servir de terreau à l'éclosion d'un cinéma "national".

Mon Commentaire

Si le cinéma iranien occupe une place non négligeable dans les films aujourd’hui et ont été souvent récompensés lors de festivals du monde entier, j’ai acheté ce livre auprès d’une Librairie iranienne pour mieux en comprendre son histoire et notamment son évolution jusqu’à la révolution islamique de 1978-79, qui correspond comme tout le monde le sait à la chute de la dynastie des Pahlavi.

Le premier constat est de dire qu’avant de devenir un cinéma ‘d’auteur’, le cinéma iranien a été largement inspiré par les créations étrangères, en premier lieu celles émanant de ses pays voisins : d’abord les productions indiennes, aux scénarii souvent kitsch mais populaires remplis de bon sentiments et d’interminables scènes de danse  et de chants, les films arabo-turcs provenant de la Turquie ou d’Égypte, mais également compte tenu des liens proches entre les dirigeants iraniens d’alors avec les puissances coloniales, il ne faut oublier que le cinéma iranien a été dans les années 50-60 ‘inondé’ par les superproductions britanniques ou américaines. A cette époque, même si la volonté du Shah est d’ouvrir sa culture à l’Occident comme signe évident de progrès, les cinémas, même s’ils se multiplient en ville, n’ont pas de véritable âme iranienne, d’autant que du point de vue religieux, le 7ème art est regardé avec une suspicion certaine. Et pourtant, dans les grandes villes et surtout à Téhéran, le nombre des salles obscures s’accroît inexorablement…

Compte tenu des nombreux échanges estudiantins entre l’Iran et les Etats Unis d’une part, mais aussi avec l’Europe, la personnalité des étudiants hors d’Iran va être de plus en plus marquée par le néo-réalisme italien (avec des réalisateurs comme De Sica, Comencini ou Antonioni), puis avec la Nouvelle Vague française, particulièrement derrière Jean Luc Godard, ainsi que Truffaut. A leur retour de France ou d’Italie, les étudiants iraniens se lanceront d’abord dans la critique cinématographique - comme leurs pairs français - avant d’embrayer dans un second temps dans la réalisation. Ce ne sera d’ailleurs pas forcément bien vu par les Autorités du Shah, par ce que ces nouveaux réalisateurs, en filmant les quartiers les plus défavorisés de Téhéran ou la vie pleine de dénuement du peuple, n’ont de cesse de mettre le doigt sur les écarts de niveau de vie entre les familles les plus riches et les 80% de la population restante qui vit dans une quasi-misère… Les messages portés par ces films qui sont montrés à l’étranger ne coïncident pas forcément avec ceux que le Shah souhaite montrer de son pays dont il a pour mission qu’il devienne parmi les cinq plus grandes puissances mondiales. Et le succès de ces films intimistes sera d’abord international avant d’être réellement montrés en Iran…

Le fond du livre est indéniablement intéressant en raison de son contexte historique, les révélations des rapports entre cinéastes et autorités d’alors et que l’on découvre sons un angle artistique jusqu’alors rarement abordé, en revanche, d’un point de vue purement formel, ce n’est vraiment pas une réussite. Il faut une certaine pugnacité pour ne pas refermer le livre à certains moments : d’abord, les redites sont extrêmement nombreuses donnant une désagréable impression de faire du surplace, les fautes d’orthographe le sont tout autant (!!) et deviennent même parfois sujet à de mauvaises interprétations.

Autre reproche : toutes les illustrations qui auraient pu émailler çà et là cette lecture- il est vrai somme toute destinée aux amoureux du cinéma- sont toutes agglomérées en fin de livre… Quel dommage de ne pas avoir su mieux les répartir afin d’illustrer les propos, montrer quelques visages de comédiens ou de metteurs en scène iraniens, ou quelques vues de scènes qui ont marqué l’histoire de ce cinéma du Moyen Orient… Heureusement, merci à Internet pour m’avoir permis au gré des interrogations et envies d’aller consulter photos et filmographies….

Merci toutefois à cet ouvrage original d’avoir donné quelques éclairages sur la présence du cinéma aujourd’hui, dont les metteurs en scène mondialement connus  de par leur impressionnisme esthétique tels Abbas Kariostami  (Palme d’Or à Cannes 1997 avec ’Le Goût de la cerise ‘) ou Ashgar Farhadi ( ‘A propos d’Elly’ en 2009, ‘Une Séparation’, Oscar du meilleur Film étranger en 2013, « le Passé » qui a valu un prix d’interprétation à Bérénice Béjo à cannes en 2013), Marjane Satrapi  (Prix spécial du Jury à Cannes 2007 pour ‘Persépolis’), Mohamad Rasoulof, Jafar Panahi ( Ours d’or 2016 à Berlin pour Taxi Téhéran)… Sans compter la plus française des interprètes iraniennes Golshifteh Farahani, dont tout le monde apprécie le talent désormais !

Certains auteurs se sont exilés, d’autres on fait le choix de rester en Iran malgré le régime et les restrictions en termes de possibilité de tournage….Une chose en certaine, le cinéma iranien n’a pas fini de nous surprendre et de nous séduire !

Ma note : 12/20

 photo editions-harmattan.fr