Acteurs 

Carol Duarte

Julia Stockler

Grégorio Duvivier

Bárbara Santos

Flávia Gusmão

Synopsis

Rio de Janeiro, 1950. Euridice, 18 ans, et Guida, 20 ans, sont deux sœurs inséparables. Elles vivent chez leurs parents et rêvent, l’une d’une carrière de pianiste, l’autre du grand amour. A cause de leur père, les deux sœurs vont devoir construire leurs vies l’une sans l’autre. Séparées, elles prendront en main leur destin, sans jamais renoncer à se retrouver.

Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs

Mon commentaire

En 1950, même à Rio, la tendance générale est à l’émancipation chez les jeunes filles, comme si la mode des ‘zazous’ européens avait traversé l’Océan Atlantique. C’est dans cet univers là que vivent deux sœurs, Euridice (Carol Duarte), 18 ans, qui rêve de devenir une pianiste virtuose et sa sœur aînée Guida (Julia Stocker), qui, quant à elle, est à la recherche du grand amour. Elles ne sont donc pas jumelles mais néanmoins si attachées l’une à l’autre qu’elles auront du mal à se construire séparément. Tout commence un jour, avec le départ de Guida, qui embarque avec un beau marin grec vers l’Europe. Euridice, un instant désemparée, va bien sûr prendre également son destin en mains. Mais la belle harmonie familiale va bientôt partir à vau l’eau, d’autant que par la faute de leur père, le mensonge va s’installer dans la famille qui avait pourtant tout pour poursuivre une vie paisible et unie…

Karim Aïnouz a choisi d’adapter très librement le premier roman de Martha Batalha « Les mille talents d'Euridice Gusmão ». Mais là où le livre traitait avec une certaine légèreté et avec gaieté de l’émancipation dans cette période somme toute pas si ancienne, le réalisateur pour sa part a penché pour une tonalité beaucoup plus mélodramatique dans son film Il nous livre néanmoins deux superbes portraits de femmes dont les conditions de vie pourtant aux antipodes sont totalement dépendantes de la volonté des hommes, qu’elles les aient choisis ou subis. Car le machisme est omniprésent…

« La vie invisible de Euridice Gusmão » malgré son côté classique dans sa construction, bénéficie d’une mise en scène tout en sobriété mais particulièrement inspirée. Le film nous donne néanmoins un bel aperçu de la ville de Rio hors des côtés touristiques, tout en jetant un regard plus profond sur le métissage carioca si important qui caractérise cette ville. Le film est chargé de sensualité – parfois torride, notamment au début du film-, de sueur, de pleurs mais aussi d’amour et de cruauté : il y a beaucoup de sentiments dans cette histoire tragique, qui vont parfois jusqu’à l’excès. Mais c’est aussi cette profondeur des sentiments qui accroche jusqu’au bout, alors qu’on ne parvient pas à deviner si Euridice et Guida, ces deux protagonistes dont le cœur bat de concert vont pouvoir se retrouver avant la fin de ce très beau film. Mention spéciale aux deux jeunes interprètes parfaites de bout en bout.

 

Le film a reçu le prix « Un Certain Regard » au Festival de Cannes 2019, prix tout à fait mérité !

Ma note :  16/20