Résumé

A Bucarest, en 1986, dans une Roumanie sous le joug de Ceausescu, Andrei est un jeune violoniste talentueux. Sa rencontre avec Silvia bouleverse sa vie. Lorsque les répressions politiques se durcissent, ils décident de fuir ensemble. 
Premier roman

Mon Commentaire

La tyrannie du dictateur Nicolae Ceausescu et les dérives de son pouvoir autoritaire n’ont pas fini de faire parler d’elles. Preuve en est avec ce tout premier roman de la jeune écrivaine roumaine Andreea Badea, publié l’an dernier et dont la réputation a traversé les frontières européennes. Elle nous raconte comment, dans la seconde moitié des années 80, deux jeunes étudiants, Andrei et Silvia, épris de liberté ont noué une amitié profonde. Habiter en Roumanie ne signifiait pas nécessairement tout ignorer de ce qui se passait de l’autre bloc dit capitaliste…

Cependant, ils ont l’impression tous deux d’être nés du mauvais côté de la séparation et d’atteindre leurs 20 ans au mauvais moment. Ils sont pourtant tous les deux des éléments brillants : Andrei est un musicien prodige mais doit vivre ses amours de façon cachée car son homosexualité est considérée comme une maladie par le régime. Silvia est major de sa promotion et rêve de devenir journaliste. Elle se heurte à l’indifférence totale de se parents qui ne pensent qu’à la marier, une femme pour eux n’étant vouée qu’à procréer et à rester à la maison pour les élever. Bien entendu, la contraception n’existe pas et l’avortement est strictement interdit depuis le décret promulgué en octobre1966. Alors que le régime se durcit, que la répression et les privations augmentent, tous deux n’ont plus qu’une idée commune, celle de s’échapper vers l’ouest. Sans savoir exactement à quoi ils vont être confrontés…

Pour ceux qui n’ont pas eu l’occasion de visiter la Roumanie de Ceausescu durant ces années, il est probablement difficile de réaliser à quel point on avait l’impression de se retrouver dans un pays rétrograde où on manquait de tout : de nourriture tout d’abord, à Bucarest comme partout dans le pays qui a vu s’épanouir un intense marché noir parallèle (la plupart des supermarchés étaient vides ou voyaient quelquefois s’empiler dans la totalité du magasin un seul et même produit), mais aussi d’électricité - avec dans mon souvenir des couvre-feu qui débutaient à 20h encore durant l’été 1988 – mais aussi d’essence puisque les longues queues d’attente devant les pompes étaient traditionnelles. Face à ces privations, le peuple était en apparence souvent résigné, mais n’avait probablement pas le loisir ni la possibilité de se plaindre, de peur d’être dénoncé par un agent à la solde du gouvernement. On comprend alors d’autant mieux combien les deux héros du livre ont dû réfléchir avant de tenter de fuir vers l’ouest, d’autant qu’en aucun cas le succès n’était garanti, et que même en cas de succès, le risque de désillusions très important !

« La traversée de nos rêves » est un roman très bien écrit et très fluide qui nous relate l’évolution politique et sociétale de la Roumanie de la fin du XXème siècle. S’il n’y a guère de doutes sur les atrocités du régime de Ceausescu et la multiplication des orphelinats, l’auteure manifeste également un intéressant esprit critique vis-à-vis du régime qui a suivi le renversement du tyran, qu’elle voit d’un œil beaucoup plus clairvoyant que ceux des médias occidentaux tout ébaudis par la chute du mur de Berlin et la fin de la séparation européenne entre le bloc de de l’est et le bloc de l’ouest. Un livre à découvrir absolument pour mieux comprendre cette période d’histoire très troublée, mais très attachant également par le récit des parcours accidentés de ces deux amis.

Ma note : 16/20

Photo le Parisien