Résumé

À Lubok Sayong, petite ville au nord de Kuala Lumpur, tout est indéniablement unique. Jusqu’à la topographie, une cuvette entre deux rivières et trois lacs, qui lui vaut chaque année une inondation et son lot d’histoires mémorables.
Cette année-là, exceptionnelle entre toutes, l’impétueuse Beevi décide de rendre enfin la liberté à son poisson qui désespère dans un aquarium trop petit, d’adopter Mary Anne, débarquée sans crier gare de son orphelinat où toutes les filles s’appellent Mary quelque chose, et d’embaucher l’extravagante Miss Boonsidik pour l’aider à tenir la grande demeure à tourelles de feu son père, reconvertie en bed & breakfast…
Le tout livré en alternance et avec force commentaires par la facétieuse Mary Anne et par Auyong, l’ami fidèle, vieux directeur chinois de la conserverie de litchis, qui coulerait des jours paisibles s’il ne devenait l’instigateur héroïque d’une gay pride locale.
La Somme de nos folies est la chronique absolument tendre, libre, drôle, profonde, et volontiers incisive, d’un genre très humain quelque part en Malaisie, aujourd’hui.
Née dans la communauté chinoise de Kuala Lumpur, Shih-Li Kow écrit en anglais. Jouant admirablement du proche et du lointain, du particulier et de l'universel, du vraisemblable et du fabuleux, du sérieux et du cocasse, sa voix singulière défend sans conteste la diversité et l'ouverture - politique, artistique, ou écologique - dans la Malaisie multiculturelle d'aujourd'hui, à travers des figures qu'elle nous rend inoubliables.
La Somme de nos folies est le premier roman de Shih-Li Kow, et c'est un enchantement.

Mon Commentaire

Nous voici transportés dans la petite ville de Lubok Sayong, petite bourgade de Malaisie, située au nord-ouest de la capitale Kuala Lumpur. Compte tenu de sa situation géographique mais surtout topographique, Lubok Sayong n’apparaît certes pas comme un lieu de villégiature, d’autant qu’une fois de plus, le village situé « à la confluence de la volonté divine et des lois de la météorologie », va être l’objet d’inondations dévastatrices terribles, forçant les survivants à réorganiser leur quotidien...

Parmi eux , il y a la vieille Mami Beevi, vieille femme issue d’une famille aux multiples ramifications, tour à tour merveilleuse conteuse mais souvent au tempérament aigri : elle peut être détestable mais reste prête à rendre service et faire preuve d’une belle générosité d’âme. Lors des inondations, elle va même libérer de son aquarium son poisson dont elle a pitié... Il y a aussi son ami chinois Auyong, l’industriel propriétaire d’une usine de conserve de litchis. Bientôt va se joindre à ce duo improbable la jeune et frêle Mary Anne, 11 ans, qui va débarquer inopinément chez Beevi et dans cet univers étrange alors qu’elle vient de quitter son orphelinat ...

Il ne faut pas se fier au titre « La somme de nos folies », qui est en fait trompeur. En effet, on découvre dans la localité de Lubok Sayong une galerie de personnages très attachants, composée surtout d’autochtones, possédant, qui des origines indiennes ou thaïes, qui des origines chinoises ou malaises. Tout ce petit monde cohabite depuis des siècles dans cette région pourtant pas très accueillante . Une chose est certaine : il ne s’agit en aucun cas de fous. Ils sont les porte-parole d’une population plurielle qui a bénéficié d’une éducation religieuse ou laïque, ou encore les simples héritiers de traditions ancestrales...

Ce qui est original dans ce premier roman, c’est le ton léger voire humoristique avec lequel même les sujets les plus sérieux ou graves sont traités : au-delà des légendes et des événements plus ou moins surnaturels qui sont décrits au fil du roman, l’auteure a fait le choix également de parler de sujets contemporains, au premier lieu desquels sont prônés la tolérance, le droit à la différence et le respect du droit à la dignité.

La vie qui règne au sein de la communauté bigarrée de Lubok Sayong est le résultat d’accords tacites raisonnables qui encouragent la mixité des peuples et des idées. On découvre tous ces aspects à travers les témoignages respectifs de la jeune Mary Anne et d’Auyong, qui racontent alternativement les évènements dont ils sont témoins. Mary Anne le fait avec un œil plein de naïveté mais rempli d’amour qui découvre le monde ; de son côté, Auyong, homme de sagesse, les décrypte avec un regard nettement plus réaliste mais pas nécessairement désabusé.

On ressent beaucoup d’ondes positives à la lecture de ce premier roman plein de poésie mais non dénué de bon sens- même quand il aborde des thèmes sérieux : c’est un réel plaisir .Par son originalité et sa fraîcheur, son style simple et le récit d’anecdotes bourrées d’humour, cette lecture constitue une vraie découverte.

Il ne reste plus qu’à remercier les Éditions Zulma pour son travail visant à faire connaître aux lecteurs de nouveaux talents issus du monde entier !

"La somme de nos folies" a obtenu le Prix du Meilleur Premier Roman Etranger 2018

Ma note : 16/20
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photo Probtiumlight