Résumé

Hatoko a vingt-cinq ans et la voici de retour à Kamakura, dans la petite papeterie que lui a léguée sa grand-mère. Le moment est venu pour elle de faire ses premiers pas comme écrivain public, car cette grand-mère, une femme exigeante et sévère, lui a enseigné l'art difficile d'écrire pour les autres. 
Le choix des mots, mais aussi la calligraphie, le papier, l'encre, l'enveloppe, le timbre, tout est important dans une lettre. Hatoko répond aux souhaits même les plus surprenants de ceux qui viennent la voir : elle calligraphie des cartes de voeux, rédige un mot de condoléances pour le décès d'un singe, des lettres d'adieu aussi bien que d'amour. A toutes les exigences elle se plie avec bonheur, pour résoudre un conflit, apaiser un chagrin. 
Et c'est ainsi que, grâce à son talent, la papeterie Tsubaki devient bientôt un lieu de partage avec les autres et le théâtre de réconciliations inattendues. 

Mon Commentaire

Lorsqu’on a déjà pu voyager au Japon, on comprend combien l’écriture et le papier ont de l’importance dans la culture nippone. « La papeterie Tsubaki », nouveau roman de l’écrivaine Igawa Ito en apporte une fois de plus la preuve, avec l’histoire de cette jeune femme, Hatoko, 25 ans, qui prend la relève de sa grand-mère, dite l’Aînée, à la tête de cette entreprise familiale de Kamakura, petite ville côtière située non loin de Tokyo, mais dont l’atmosphère provinciale conserve néanmoins de grandes traditions.
Bien sûr on connaît le goût des Japonais pou les beaux papiers - pas seulement dans le cadre de l’art de l’origami - mais aussi pour la calligraphie, mise en valeur par de savants dosages d’encre et par la qualité des plumes ou pinceaux utilisés pour tracer les caractères, en caractères kanji (des caractères chinois, dont la juxtaposition forme le mot, environ 50000), ou avec l'hiragana ( 50 caractères ), et le katakana ( 50 caractères, servant à écrire les mots d'origine étrangère) sont des sortes d'alphabets phonétiques…
Mais Hatoko n’est pas qu’une simple commerçante passionnée par les articles de papeterie, elle a également repris au pied levé l’activité surprenante - car souvent disparue ailleurs !- d’écrivain public, activité qu’assurait avant elle son aïeule.
Ayant été élevée par elle, Hakoto au prix de sacrifices nombreux et douloureux durant enfance puis adolescence, en a appris les grands principes. Mais quand il s’agit soi même de reprendre le flambeau familial et de se lancer, tout semble plus difficile ...
Dans « la papeterie Tsubaki », il y a d’abord une atmosphère merveilleusement rendue, comme si à travers les pages du roman, on percevait les odeurs de l’encre et du papier, mais aussi les fumets des thés ou des différentes boissons servies aux clients venus demander de l’aide pour la rédaction d’une lettre. Puis on est emmené dans le très sage quotidien d’Hakoto, son univers, son voisinage, ses croyances. Son véritable caractère et son talent se révèlent à mesure qu’elle doit se faire l’auteure des lettres qui lui sont commandées. Si certaines semblent comme couler de source, d’autres sont plus ou moins étranges, comme cet hommage à un singe décédé… On a bien conscience que les demandes de lettres de rupture ou de divorce lui sont beaucoup plus difficiles à rédiger. Outre les tournures spécifiques utilisées, le choix du papier de support, de la couleur de l’encre et de sa texture ne tiennent nullement du hasard...Au point que même les enveloppes ou les timbres eux mêmes font partie de la qualité artistique, transmettant au destinataire des subtilités supplémentaires pour un message.
Ces écrits puis les courriers reçus par Hatoko et les rites autour des courriers lui permettront d’en savoir davantage sur cette vocation si particulière dont elle semble avoir hérité.
Que dire de plus sur cet ouvrage rempli de poésie, dont l’activité se déroule au fil des saisons ? C’est un roman coup de cœur, dans lequel se mêlent au fil des pages le texte traduit en français en caractères d’imprimerie, mais aussi des liserés de caractères japonais ou des reproductions manuscrites entières comme pour mieux admirer la variété des écritures, à la verticale, ou à l’horizontale. Une chose est certaine cependant : l’auteure, Ito Ogawa, connue au Japon pour avoir écrit des chansons et des livres pour enfants et déjà récompensée par un beau succès critique et public lors de la sortie de son premier livre « le restaurant de l’amour retrouvé » en 2011 possède toutes les qualités de romancière de grand talent. Son nouveau roman « La papeterie Tsubaki » est une réussite totale et un délice à dévorer pour peu qu’on s’intéresse à la culture traditionnelle japonaise.

Ma note : 18/20
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photo Benzine Magazinze