Résumé

L'histoire se déroule entre 1310 et 1314. Si le royaume de France est encore le plus puissant de la chrétienté, les équilibres féodaux ont basculé. Le clergé tente donc de mettre au pas tous ceux qui échappent à son autorité et le statut des béguines va être condamné. Pour des centaines de femmes seules, pieuses mais laïques, cette institution offrait une alternative au mariage et au cloître. Ne subsisteront que quelques rares survivances dans les Flandres.
Aline Kiner, née en Moselle et passionnée de Moyen Âge, fait de cette aventure un passionnant suspense.
La dernière béguine est morte en 2013 à Courtrai.

Mon Commentaire

La journaliste écrivaine Aline Kiner nous propose un grand saut dans le passé et plus particulièrement en plein cœur du Moyen Âge, au début du XIVème siècle, à la rencontre de cette congrégation de femmes pieuses mais laïques, celles des Béguines, née à l’initiative de St Louis.
Le mouvement est né d’abord en Flandre avant de se répandre puis de se développer dans Paris intra-muros. La communauté s’est établie dans un quartier central ceint de murailles qu’on pourrait situer dans le quartier du Maris, au nord de l’actuelle Tour St Jacques et du Châtelet, à quelques encablures des quais de Seine. Il est assez incroyable de penser que ces femmes seules, d’origine diverse, consacraient leur temps certes à la dévotion, mais surtout restaient laïques, se consacrant à la culture des simples, au traitement des maladies et au réconfort des faibles et des démunies, à la création et au commerce de pièces de brocard et d’étoles ou encore à l’apprentissage de la lecture et à l’enseignement du latin. Toute ces communautés de Béguines jouissaient d’une liberté de penser et pouvaient pratiquer des activités qui leur auraient été interdites à l’extérieur de ces murailles, au point qu’elles suscitaient une certaine envie pour toutes les femmes déjà veuves, ou bien refusant le mariage et le cloître.

Au-delà de l’origine du mouvement, Aline Kiner relate ici le quotidien de la vie de ces femmes, certaines érudites, d’autres, simples exécutantes dotées d’un certain talent naturel. Difficile pour le monde extérieur de savoir ce qui se passait au sein de ces communautés vivant en marge de la société médiévale mais suscitant la convoitise. D’autant que le clergé, par le biais de la « Sainte Inquisition » craignant à cette époque toute forme de dérive de la religion n’avait de cesse de brûler vif quiconque serait soupçonné de pensées, de croyances ou de pratiques religieuses non conformes à celles prônées par le Pape siégeant à l’époque à Vienne. D’où une volonté affirmée de mettre fin à ce statut de béguine, au savoir bien trop vaste et au comportement irritant.

Pour rentrer davantage dans le cœur de l’histoire, nous suivons pendant la période de 1310 à 1314 la vie au sein de cette institution, rencontrant des personnages hauts en couleur. Passionnée par cette époque du Moyen Age, Aline Kiner retranscrit avec détail et talent l’ambiance, les couleurs et même les odeurs qui régnaient dans le Paris de cette époque. De ce côté, rien à dire, car tout est parfaitement documenté et on reconnaît le talent d’historienne de l’écrivaine pour faire découvrir cette communauté dont pour ma part j’ignorais l’existence.

En revanche, on a beaucoup plus de mal à être captivé par les personnages en eux-mêmes et la véritable intrigue du roman qui semble un peu faiblarde. De même, on regrette que les personnages soient finalement assez convenus, aux contours un peu flous. On aurait aimé plus de chair autour de la sage Ysabel, de la jeune Maheut et de l'ambigüe Ade, mais aussi du Franciscain Humbert. Sans compter qu’on aurait voulu mieux ressentir l’impact des écrits de la figure extatique et rebelle de Marguerite Porete sur tout ce petit monde.

Malgré un contexte historique brillamment restitué qui rappelle le talent de Maurice Druon dans la saga des Rois Maudits, il faut admettre qu’Aline Kiner côté romanesque ne convainc pas autant qu’une Jeanne Bourin avec sa sage « la Chambre des Dames »

 

On vient d’apprendre le décès subit début 2019 de l’écrivaine- journaliste Aline Kiner après de longues années de lutte contre la maladie.

Ma note : 12/20

Photo Babelio