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Résumé

Le 2 mars 1932, Georg Friedrich Amberg, jeune médecin récemment engagé par le baron von Malchin pour soigner les paysans de son village de Morwede, émerge d'un long coma dans un hôpital d'Osnabrück en Westphalie. A peine les terribles événements des cinq dernières semaines lui sont-ils revenus en mémoire qu'il s'enquiert, auprès de l'infirmière et du médecin-chef, du baron, de Bibiche, sa bien-aimée menacée de mort, de la révolte, mais on lui rétorque qu'il divague, qu'il a tout simplement été renversé par une voiture. Or Georg reconnaît parmi les infirmiers les protagonistes du drame qu'il a vécu à Morwede...
Cauchemar ? Délire ? Conspiration ? Étayés par la structure " policière " du récit, les thèmes chers à Perutz ne tardent pas à apparaître : manipulation de l'Histoire, précarité de la frontière entre raison et folie, aveuglement de l'homme qui cherche à faire et à comprendre sa propre histoire.

Fable trop transparente en pleine ascension du nazisme, la Neige de saint Pierre, oeuvre d'un écrivain juif, fut interdite peu après sa sortie en 1933.
 

Mon Commentaire

Il émane de ce roman écrit en 1932 par cet écrivain juif autrichien Leo Perutz comme une étrange atmosphère. C’est un peu comme si le lecteur et le Dr Georg Friedrich Amberg, le héros, avaient simultanément été témoins de faits étranges et reprenaient conscience suite à un coma profond, comme sortant de l’emprise d’une drogue…

L’action se situe en Westphalie, alors que l’Allemagne se remet difficilement de la première guerre mondiale et aspire à transformer la société et à redonner à se ouailles un sens à leur vie. Le Docteur Amberg a été engagé par le Baron von Malchin pour soigner les paysans du village de Morwede, situé près de son manoir et est amené à côtoyer des personnalités de la région. Qui sont-elles vraiment et que fait dans cette région Bibiche, cette jeune femme sensuelle qui a travaillé avec Amberg dans un laboratoire et avait disparu subitement sans laisser de traces ? Tout cela n’a guère de sens mais ce qui est certain, c’est que la tension de l’atmosphère est palpable alors qu’Amberg commence à comprendre ce qu’il se passe au château…Par quel étrange hasard à son réveil à l’hôpital son regard croise des visages qu’il a rencontrés lors de son séjour, mais qui font semblant de ne pas le reconnaître ?

Leo Perutz habilement nous tient en haleine aux côtés de son héros, un peu à la manière d’un thriller, qui hésite entre cauchemar, délire maladif et plongée en plein cœur d’une conspiration qui pourrait menacer l’équilibre du monde.

Bien sûr, l’écriture paraît un peu surannée et le style semble désuet en ce début de XXIème siècle, notamment lors de l’évocation des sentiments entre le Dr Amberg et Bibiche. Mais tout cela est porteur d’un certain charme qui ‘colle’ bien avec le décor planté, celui d’un hiver rude et neigeux aux confins de la campagne de Westphalie, région paysanne d’une grande pauvreté qui n’autorise que des déplacements en traineau et quelques longs conciliabules chez les plus aisés devant le feu de cheminée…Au total une belle restitution de cette époque durant laquelle un bouillonnement populaire est imminent et caractérisée par un baron qui n’a de cesse de vouloir restaurer quel qu’en soit le prix la grandeur d’un pays en souffrance.

Ma note : 15/20

Photo Wikipedia