La-fille-que-ma-mere-imaginait
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Résumé

Tous les trois ans, c'est la même histoire. Déménager, emménager, apprivoiser la langue et répondre à la sempiternelle question du café d'accueil : « Et toi, ton mari, il fait quoi ? » Cette fois, la narratrice, quadragénaire désenchantée, suit son conjoint à Taïwan. Alors qu'elle cherche à trouver sa place dans ce quotidien confortable et futile, elle est rappelée en France au chevet de sa mère. L'occasion de retracer son enfance modeste, d'en dévoiler les stigmates et de torpiller le mythe : « quand on veut, on peut. »

Mon Commentaire

Il s’agit du premier roman d’Isabelle Boissard, à forte consonnance autobiographique. Le roman est le reflet de la vie quotidienne d’Isabelle, qui enchaîne avec son mari les expatriations tous les trois ans. À chaque fois, l faut tout quitter, déménager, puis emménager et se recréer un univers à partir de pas grand-chose, même si tout est fait pour préserver la cellule familiale. La narratrice explique que cette fois, c’est encore plus compliqué, puisque la famille est mutée à Taiwan, île aux confins de l’Asie, à quelques encablures d’une Chine qui serait ravie de se la réapproprier…Mais à Taiwan, il faut compter aussi avec le climat tropical et ses typhons, les fréquents risques de séismes, la langue et la culture. Cela fait beaucoup pour une femme, épouse de…, qui n’a de but que de tenter de trouver sa place, place qu’elle ne saura conserver très longtemps du fait d’une mère malade en France, et qu’elle sera forcée de venir veiller.

Même si on sourit pas mal lors de la période d’installation, le roman fait vite ressortir un côté désabusé voire déprimé de la narratrice, mais tout cela se lit avec une certaine facilité tant au fond le ton reste en apparence assez léger malgré tout. Isabelle Boissard d’ailleurs réussit bien à synthétiser en quelques tableaux tout ce que l’on peut ressentir en tant que femme d’expatrié, à plus de 10 000km de l’Europe dans un pays très riche de tradition et de superstitions (nous avons été expatriés à Hong Kong, il y a une trentaine d’années…). En revanche, l’amertume qui pointe au fil des pages ne cesse de se renforcer à mesure qu’on avance dans les pages, car finalement le manque cruel de racines dont Isabelle fait l’objet n’est pas uniquement lié aux expatriations qu’elle a vécues. L’origine de cette fragilité tient sans doute également de la structure familiale, puisqu’Isabelle et ses frères ont perdu très jeunes leur père, et que cela a été vécu comme la perte d’une ancre précieuse.

Lors de la seconde partie qui met en avant les rapports entre Isabelle et cette mère dans le coma, qui a été si forte pour élever la fratrie toute seule, le ton est beaucoup plus sombre et plus profond. Et pourtant, malgré l’ironie qui domine parfois, on a du mal à être sincèrement touché par le mal-être pourtant légitime d’Isabelle. Au point de trouver pour le moins étrange l’idée de lier les expatriations et le retour sur l’enfance d’Isabelle, puis son analyse des personnages qu’elle croise ou fréquente à l’hôpital…

Un premier roman pas inintéressant, mais qui m’a laissé un peu pantois.

Ma note : 12/20
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Photo LesAvrils.frr