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Acteurs

Mélanie Thierry

Benoit Magimel

Benjamin Biolay

Shulamit Adar

Grégoire Leprince-Ringuet

Synopsis

Juin 1944, la France est toujours sous l’Occupation allemande. L’écrivain Robert Antelme, figure majeure de la Résistance, est arrêté et déporté. Sa jeune épouse Marguerite, écrivain et résistante, est tiraillée par l'angoisse de ne pas avoir de ses nouvelles et sa liaison secrète avec son camarade Dyonis. Elle rencontre un agent français de la Gestapo, Rabier, et, prête à tout pour retrouver son mari, se met à l’épreuve d’une relation ambiguë avec cet homme trouble, seul à pouvoir l’aider. La fin de la guerre et le retour des camps annoncent à Marguerite le début d’une insoutenable attente, une agonie lente et silencieuse au milieu du chaos de la Libération de Paris.

Mon commentaire

Adapter Marguerite Duras à l’écran n’est pas chose facile, mais c’est pourtant la gageure relevée ici par le réalisateur Emmanuel Finkiel. D’autant qu’il s’agit l’adaptation de deux nouvelles écrites par l’écrivaine - incarnée ici par Mélanie Thierry - qu’elle a retrouvées dans les années 80 ! Celles ci retranscrivaient le journal qu’elle a tenu à la fin de la seconde guerre mondiale, alors qu’en 1944 son mari Robert Anselme a été arrêté par la Gestapo et qu’elle est restée sans nouvelles de lui jusqu’en mai 1945.

On peut imaginer ce que doit représenter l’angoisse de ne rien savoir et d’avoir perdu la trace de son amour alors que le pays subit toujours l’invasion nazie, dont on est loin de connaître la manœuvre d’extermination en cours. Marguerite elle même fait partie d’un groupe de résistants et bénéficie du soutien moral et salvateur de Dionys (Benjamin Biolay), camarade de son mari. On assiste donc à la vie quotidienne de Marguerite qui survit dans l’attente de nouvelles… Elle est même prête à lier connaissance avec Rabier (Benoit Magismel), agent français de la Gestapo qui sous couvert de dire qu’il est admirateur de son œuvre, voudrait surtout qu’elle le mène vers le réseau des résistants auquel il a deviné qu’elle appartenait.

Le film dans sa globalité est une réussite car il bénéficie avant tout d’une superbe mise en scène très ingénieuse (justement récompensée lors du dernier Festival de Venise). Dans le film, il y a d’ailleurs très peu de dialogues puisque Marguerite est aussi la narratrice de l’histoire… Même si la lenteur de l’action pèse, exacerbée par de nombreuses scènes tournées dans l’intérieur confiné de l’appartement de Marguerite et par une succession de plans rapprochés (visages entourés de d’arrière plans flous) qui provoque une sensation d’étouffement. ….Les quelques ‘sorties’ extérieures de Marguerite redonnent un peu d’oxygène et de lumière à cette survie.

Marguerite résiste néanmoins en jouant sur deux tableaux : elle est prête à être conciliante en apparence pour obtenir des informations sur son mari de Rabier, mais conserve parallèlement une fascinante méfiance quasi animale pour ne pas devenir sa proie.

Mélanie Thierry est de bout en bout brillante et trouve enfin ici un rôle à sa mesure qui ne peut laisser personne insensible, d’où surement une nomination aux Césars ?

Face à elle, Magimel incarne aussi avec brio cet agent français de la Gestapo au comportement très trouble, qui se dit grand amateur de littérature française pour séduire – ou pas seulement ?- et jouit de sa position dominante incontournable.

Un film rude mais intelligent, où la douleur est omniprésente certes par le manque et le doute, mais est ce que l’issue sera en fin de compte plus supportable ?

Ma note : 15/20