Résumé

Ils avaient trente ans et des poussières. Le monde leur appartenait. Ils étaient, disait-on, le plus beau Couple de New York. C'était en 1987.

Quatorze ans plus tard, Corrine et Russell Calloway ont deux enfants et vivent dans un loft, à TriBeCa. Ce soir-là, ils ont invité des amis à dîner (Salman Rushdie vient de se décommander). Nous sommes le 10 septembre 2001. Dans quelques heures, le monde va basculer dans l'horreur. Cette horreur, Jay McInerney se garde bien de nous la montrer. Ce livre n'est pas le roman du 11-Septembre. Il nous parle de ce qui se passe après, quand l'onde de choc de l'attentat du World Trade Center vient percuter des millions d'existences. Une étrange atmosphère se répand, mélange de chaos et de responsabilité collective, d'angoisse et d'euphorie. L'impossible est devenu possible.

Désormais, tout peut arriver.

Corrine fait du bénévolat sur le Site de Ground Zero. Elle y rencontre Luke. C'est le début d'une passion qui, elle aussi, va tout balayer sur son passage. Dans cette ville qui ne ressemble plus à rien, sinon, peut-être, au Londres de la fin d'une liaison, ils cachent leurs amours clandestines, au point d'oublier ce qui les entoure: le fric, le toc et le chic du milieu auquel ils appartiennent, l'érosion des sentiments, le poids des habitudes. Jusqu'au moment où...On retrouve dans ce livre tout ce qui a fait de Jay McInerney un des écrivains les plus brillants de sa génération: l'humour, la légèreté, l'élégance, et cet art de croquer avec férocité la comédie sociale, à une époque où tout le monde rêve de devenir riche et célèbre. Avec, en plus, une touche de gravité, un zeste de mélancolie qui donnent à ce roman magnifique une couleur plus sombre, à laquelle Jay McInerney ne nous avait pas habitués.

Mon commentaire

Attention! Si après la page de garde, le lecteur avait bien compris que ce roman de Jay McInerney n’était pas le roman du 11 septembre 2001, on aurait néanmoins pu penser qu’on allait analyser avec précision les conséquences des attentats et en reproduire l’atmosphère, en fait, ces évènements ne constituent qu’une toile de fond à l’histoire qui nous est racontée.

Il s’agit plutôt d’abord de la description détaillée de la vie d’une micro société new yorkaise habitant notamment le quartier branché de TriBeCa : les relations mondaines artificielles de deux familles, leurs vies avec leurs amis, leur entourage professionnel et artistique. D’un côté on rencontre Corrine, mère au foyer qui rêve de reprendre une activité et repartir dans l’écriture de livres ou scénarii, mariée au richissime Russell, dont le charme et l’argent font tourner les têtes.

De l’autre, Sasha, femme à l’élégance indéniable au top de sa splendeur : même la presse people la suit 24H/24 dans ses faits et gestes. Elle est mariée à Luke, ancien banquier d’un grand établissement américain, devenu homme d’affaires, qui a cédé son entreprise et souhaite prendre du recul par rapport à sa vie, pour mieux de rapprocher de leur ado de fille, Ashley.

L’attentat puis l’effondrement des tours du World Trade Center vont constituer un vrai séisme au sein de la population de New York, mais l’auteur a choisi de nous en montrer les conséquences directes sur l’existence de ces familles, comme élément destructeur d’un équilibre finalement extrêmement précaire basé sur les apparences et le mensonge. Cela va commencer par la rencontre fortuite de Corrine bénévole aux côtés des sauveteurs et pompiers à Ground Zero et de Luke, qui va miraculeusement sortir hagard mais indemne de la catastrophe, entre qui va se nouer une véritable idylle.

Si Jay McInerney excelle dans la description de la High Society et jet set new yorkaise, il nous noie dès le début du livre sous une pluie personnages secondaires chics et toc, ainsi que de détails sans grand intérêt au point d’en saturer le lecteur le plus assoiffé…Le fric transpire partout et même si cela est tout à fait à l’image de ce que Big Apple peut représenter, ces détails pèsent réellement et font forcément perdre de l’intérêt à cette histoire. Sans espérer une analyse sur le terrorisme ni sur les enquêtes menées après les attentats, on aurait voulu obtenir un peu plus qu’une toile de fond - certes bien documentée - sur les ‘ jours d’après ‘. Hormis une peinture assez réussie de l’environnement, faite de nuages de poussières en suspension pendant plusieurs semaines et des chaînes de bénévoles en charge du ravitaillement des pompiers et sauveteurs, l’auteur décide surtout de se focaliser sur la rencontre de deux êtres dont la vie de couple bat de l’aile, et qui ont besoin de se reconstruire quitte à casser des univers rutilants mais vains. Quid des autres membres des deux ‘clans’? Restent ils dans une indifférence totale face au désastre? La solidarité s’est-elle réellement limitée ou y a  t il eu un mouvement de fond pour le soutien des parents des victimes ou des disparus? Rien n’est réellement explicité de ce côté, si bien qu’il semble que la psychologie d’un certain nombre des personnages soit fouillée ou les portraits caricaturaux car juste esquissés.

Malgré une petite reprise en mains des personnages dans le dernier tiers du livre, il restera de ce récit un sentiment d’inachevé et de déception, d’autant que le style de Jay McInerney n’a rien de très fluide ni de très élégant pour rendre la lecture de son récit réellement agréable.

Ma note : 10/20