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Résumé

De retour d’Afghanistan où il a perdu plusieurs de ses hommes, le lieutenant Romain Roller est dévasté. Au cours du séjour de décompression organisé par l’armée à Chypre, il a une liaison avec la jeune journaliste et écrivain Marion Decker. Dès le lendemain, il apprend qu’elle est mariée à François Vély, un charismatique entrepreneur franco-américain, fils d’un ancien ministre et résistant juif. En France, Marion et Romain se revoient et vivent en secret une grande passion amoureuse. Mais François est accusé de racisme après avoir posé pour un magazine, assis sur une œuvre d’art représentant une femme noire. À la veille d’une importante fusion avec une société américaine, son empire est menacé. Un ami d’enfance de Romain, Osman Diboula, fils d’immigrés ivoiriens devenu au lendemain des émeutes de 2005 une personnalité politique montante, prend alors publiquement la défense de l’homme d’affaires, entraînant malgré lui tous les protagonistes dans une épopée puissante qui révèle la violence du monde.

Mon Commentaire

Le nouveau roman de Karine Tuil commence par une série de pages choc, projetant à la figure du lecture des scènes de guerre d’une violence et d’une cruauté incroyables pour le plonger d’office dans l’enfer du conflit afghan.
C’est là qu’on fait la rencontre d’un des personnages centraux du récit, Romain Roller, militaire professionnel anéanti par le conflit qui est exfiltré et envoyé à Chypre comme dans un sas de décompression avant son retour en France pour retrouver son épouse et de son fils. Cependant, durant ces quelques jours de retour à la ‘normale’, il tombe amoureux fou de Marion Decker, écrivain journaliste...Même en apprenant peu après qu’elle est la seconde femme du puissant industriel franco-américain des télécom François Vély, le seul but de Romain sera de la retrouver pour partager sa vie. On va par ailleurs petit à petit découvrir l’envers du décor à propos de ce chef d’entreprise qui envisage la fusion de sa société avec un concurrent américain, son passé quelque peu douteux qui fait ressortir un comportement à tendance raciste, alors que lui-même est le fils d’un ancien ministre et résistant juif.

A son retour, alors qu’il va tenter de se réintégrer dans cette société à laquelle il ne s’associe plus vraiment, Romain va également retrouver ses amis d’enfance, dont Osman Diboula, fils d’immigrés ivoirien qui de son côté est devenu une figure politique importante proche de la présidence. Et c’est lui qui va être en charge de la réhabilitation de François Vély, au grand dam d’autres fréquentations de longue date d’Osman restées dans l’ombre et qui ne peuvent tolérer le choix qu’il a fait…

On est au départ un peu surpris par la façon dont est construit le roman, alternant de façon classique les chapitres présentant les différents protagonistes de l’histoire (Romain / Marion / François/ Osman). Leurs portraits sont parfaitement réussis, avec la détermination précise pour chacun d’entre eux de leurs points forts et faibles, de leur fragilité et de leur zone d’ombre. Le décor est donc bien planté, mais on a du mal à comprendre où veut en arriver l’auteure… C’est petit à petit que les pièces s’emboîtent comme dans un puzzle avec une mécanique bien huilée pour former un tableau très détaillé d’une réalité quotidienne du XXIème siècle. Il faut dire que Karine Tuil s’est sans aucun doute formidablement documentée pour rendre la moindre des anecdotes crédible, que ce soit en matière de reportage de guerre, d’analyse des arcanes du pouvoir et des décisions politiques qui y sont prises, ou encore dans l’étude des conflits générationnels et de leurs conséquences lorsque des parents ne sont plus à même d’assurer une éducation et de faire preuve d’amour. « L’Insouciance » aborde de nombreux sujets parfaitement contemporains qui bousculent les convictions et questionnent le monde d'aujourd'hui, et plus particulièrement la société française: la guerre contre le terrorisme, la montée de l'antisémitisme, les réseaux sociaux, l'intégration, l'Islam radical, la discrimination par la couleur de peau ou par le sexe…

Ici, chacun des personnages va tout faire pour reprendre le contrôle de sa vie et préserver ses valeurs malgré toutes les turpides auxquelles il va devoir faire face…

C’est un roman foisonnant et peut être un peu fourre-tout mais tellement représentatif de l’époque actuelle, qui est palpitant de bout en bout. On y retrouve même par certains côtés quelques aspects du roman de Bernard Henri Lévy dans « Qui a tué Daniel Pearl », qui font froid dans le dos et procurent un profond sentiment de malaise.

Nul doute que ce livre qui se dévore comme un roman policier fera sans doute un jour l’objet d’une adaptation au cinéma ou sous la forme d’une série à succès sur Netflix.

Ma note : 17/20
photo RTS