Acteurs

Jonathan Pryce

Adam Driver

Olga Kurylenko

Joana Ribeiro

Stellan Skarsgard

Synopsis

Toby, un jeune réalisateur de pub cynique et désabusé, se retrouve pris au piège des folles illusions d’un vieux cordonnier espagnol convaincu d’être Don Quichotte. Embarqué dans une folle aventure de plus en plus surréaliste, Toby se retrouve confronté aux conséquences tragiques d’un film qu’il a réalisé au temps de sa jeunesse idéaliste : ce film d’étudiant adapté de Cervantès a changé pour toujours les rêves et les espoirs de tout un petit village espagnol. Toby saura-t-il se racheter et retrouver un peu d’humanité ? Don Quichotte survivra-t-il à sa folie ? Ou l’amour triomphera-t-il de tout ?

Le film a été présenté en clôture du Festival de Cannes 2018 (en compétition)

Mon commentaire

Comme cela est annoncé dans le film en préambule, le nouveau film de Terry Gilliam a mis …25 ans pour être réalisé et porté à l’écran (avec de nombreux autres acteurs envisagés, dont Jean Rochefort et John Hurt !). Et il a choisi de raconter à travers les mésaventures d’un jeune réalisateur américain de publicité très arrogant, Toby (Adam Driver) une variante du Don Quichotte de la Mancha de Cervantès. L’action se situe en Espagne – après tout, c’est plutôt normal -, mais Toby est clairement en manque d’inspiration pour sa nouvelle adaptation publicitaire. Sa totale insatisfaction est compensée par des soins qu’il doit apporter à Jacqui (Olga Kurylenko) la séduisante épouse de son producteur, dit Le Boss (Stellan Skargard) … Jusqu’à ce qu’il retrouve par un hasard total le DVD d’un film expérimental qu’il a réalisé 10 ans plus tôt sur le même thème…En le revoyant, l’inspiration lui revient forcément. Et si les acteurs de l’époque, dont Joseph le cordonnier - alias Don Quichotte (Jonathan Pryce), mais aussi la jeune et fougueuse barmaid Angelica (Joana Ribeiro) puis le Sancho Panza étaient toujours d’accord, pourrait-il faire une suite à ce film ‘d’étude’ et trouver la vraie bonne idée ? C’est donc un retour vers un passé idéaliste, à la recherche de sensations nouvelles aussi, mais les rencontres que Toby va faire vont forcément l’entraîner vers un nouvel univers, avec à la clé beaucoup d’introspection sur sa personne…

Amateurs des œuvres décalées de Terry Gilliam, vous n’allez pas être déçus. Le film qui parait certes un peu brouillon ou bancal oscille effectivement en permanence entre conte historique, rêve - ou cauchemar ? - et réalité. Mais on découvre avec beaucoup de plaisir les aventures surréalistes de Toby à travers les différents paysages magnifiques de la région de la Mancha, suivant pour la plupart du temps contre son gré ce personnage complètement loufoque de Don Quichotte, investi de missions divines et chevaleresques. On rit d’ailleurs souvent en suivant leur périple, les dialogues étant particulièrement croustillants dans ce monde de l’absurde. Cependant, les plus fous ne se situent pas nécessairement du côté qu’on croit ! Terry Gilliam a le don de nous ramener par moment sur terre et à l’époque actuelle pour nous embarquer dans une critique acide du délire des productions cinématographiques et publicitaires actuelles, où il est clair que l’argent maîtrise tout et dénature tout, sans le moindre sentiment de respect et d’humanisme vis-à-vis des acteurs, voire même du réalisateur.

On se laisse joyeusement emporter dans cette farce magnifiquement filmée : les costumes et les décors sont d’ailleurs splendides. Côté interprétation, on découvre un Adam Driver - probablement un des jeunes acteurs les plus doués de sa génération – en tout point excellent, jouant parfois un peu sur les partitions déjà empruntées par Johnny Depp et bien entendu par Jonathan Pryce, parfait sous cette armure et ce casque cabossés de Don Quichotte parfaitement authentique. Il est clair que le film fait aussi un peu usage de testament pour Terry Gilliam, car on peut aussi l’y voir en autobiographie, tant du côté de Toby que du côté de Don Quichotte, avec des messages d’inquiétude sur la transmission de son art. Malgré un sentiment de loufoquerie globale, on se laisse vraiment prendre par cette histoire au point d’être ému par les dernières scènes, très poignantes. Un très beau voyage parmi les moulins à vent de Cervantès !

Ma note : 16/20