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Résumé

Etudiante en droit à Harvard, Alexandria Marzano-Lesnevich est une farouche opposante à la peine de mort. Jusqu'au jour où son chemin croise celui d'un tueur emprisonné en Louisiane, Rick Langley, dont la confession l'épouvante et ébranle toutes ses convictions. Pour elle, cela ne fait aucun doute : cet homme doit être exécuté. Bouleversée par cette réaction viscérale, Alexandria ne va pas tarder à prendre conscience de son origine en découvrant un lien tout à fait inattendu entre son passé, un secret de famille et cette terrible affaire qui réveille en elle des sentiments enfouis. Elle n'aura alors cesse d'enquêter inlassablement sur les raisons profondes qui ont conduit Langley à commettre ce crime épouvantable.

Dans la lignée de séries documentaires comme Making a Murderer, ce récit au croisement du thriller, de l'autobiographie et du journalisme d'investigation, montre clairement combien la loi est quelque chose d'éminemment subjectif, la vérité étant toujours plus complexe et dérangeante que ce que l'on imagine. Aussi troublant que déchirant.

Mon Commentaire

Sous couvert d’une analyse sur la nécessité de s’opposer -ou non- à la peine de mort, l’auteure Alexandria Marzano-Lesnevich nous livre en fait un ouvrage passionnant, mais qu’on a du mal à classifier. Ce n’est en tout cas pas un roman, on parlerait plutôt effectivement d’un thriller, ou d’une enquête issue du journalisme d’investigation, combinée à une autobiographie. Dans ces conditions, il n’est guère surprenant de trouver au début l’ouvrage un peu déroutant. Il faut dire qu’au fil de chapitres, nous sont présentés alternativement Rick Langley, le personnage désormais condamné à mort qui vit en Louisiane, son environnement familial et son parcours professionnel, et parallèlement Alexandria et sa famille, depuis sa plus tendre enfance…Difficile de faire d’emblée le lien entre les deux histoires et les deux univers, mais très progressivement, les points communs de ces deux personnages qu’on penserait aux antipodes l’un de l’autre commencent à se dessiner. D’autant qu’Alexandria, 25 ans en 2003, qui a toujours voulu exercer le métier d’avocate et qui est farouchement opposée à la peine de mort, va se retrouver lors de ses études en droit à Harvard impliquée malgré elle à titre d’exercice dans un nouveau procès de Rick Langley, qui est resté derrière les barreaux, ayant échappé jusqu’à présent à l’exécution malgré les preuves accablantes de sa culpabilité dans le meurtre de Jérémy Guillery en 1992, un petit garçon qu’il gardait …

‘L’empreinte’ est sans aucun doute un formidable ouvrage qui restitue une peinture peu glorieuse de la société contemporaine, quels que soient les milieux sociaux et géographiques considérés. Les principaux thèmes abordés que sont les violences sexuelles et la pédophilie dans ‘L’empreinte’ sont d’ailleurs éminemment actuels, notamment depuis la publication en janvier dernier du livre de Camille Kouchner ‘La Familia grande’ (Éditions du Seuil). On a l’impression qu’avec cet ouvrage, le tabou a été enfin levé, les langues des nombreuses victimes se sont déliées, les scandales arrosant des personnalités de tout bord se multipliant…

‘L’empreinte’, c’est celle laissée sur le corps d’Alexandria doublement par le meurtre du petit garçon, violenté – ou pas – par le condamné, pédophile avéré qui ne sait pas comment retenir ses pulsions et demande à être compris et soigné par rapport à celles-ci , mais aussi celles laissées par ce grand père disparu qui l’a violentée – ainsi que ses frères et sœurs- lorsqu’elle était petite, mais dont le crime et le comportement abject n’ont jamais pu être exposés au grand jour, sous couvert de vouloir préserver la réputation familiale.

On comprend qu’il aura fallu beaucoup de temps à Alexandria Marzano-Lesnevich pour analyser l’affaire du meurtre du petit Jérémy Guillery, avec de nombreuses lectures interminables de rapports, et pour prendre de la hauteur vis-à-vis des évènements et à bras le corps le cas Rick Langley. Parallèlement, cette plongée va lui permettre d’exorciser les violences subies à titre personnel et grâce à un gros travail d’introspection d’en tirer une expérience salvatrice.

Malgré les thèmes extrêmement délicats qui sont traités, l’œuvre d’Alexandria Marzano-Lesnevich est doté, à la fois, d'une force et d'une sensibilité rares, et nous livre une admirable réflexion sur les secrets de famille.

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Ma note : 16/20

 photo m youtube.com