Résumé

Ce journal qui se présente à la fois comme un récit et comme une chronique parisienne, a été écrit au cours des années 1947-1948, au retour à Paris de l'auteur, après 14 ans d'absence. "C'est la découverte d'une nouvelle France, d'un nouveau peuple français, c'est le portrait d'un moment de l'histoire de la nation française, qui coïncide avec un moment particulier de ma vie".

Mon Commentaire

Quand on parle de l’écrivain italien Malaparte, on pense en premier lieu à son célèbre roman autobiographique «la Peau », publié en 1949 et porté à l’écran par Liliana Cavani en 1981(avec Marcello Mastroianni dans le rôle de l’écrivain).
Si Malaparte est un écrivain extrêmement prolixe, il est certain que « Journal d’un étranger à Paris » n’est qu’un ouvrage annexe dans l’ensemble de son œuvre. Il s’agit d’un recueil d’anecdotes et de réflexions sur la société française en général et parisienne en particulier, à l’occasion de son retour à Paris en 1947, sa ville chérie, après presque 15 années d’éloignement contraint, en partie lié aux circonstances politiques de l’époque, à ses emprisonnements multiples en Italie, puis à sa déportation à Lipari, Malaparte ayant été condamné en raison de ses livres et récits engagés qui ont suscité l’indignation et la condamnation du régime fasciste.
Il faut rappeler que bien que de nationalité italienne, Malaparte considère la France comme sa véritable patrie: il a même combattu dans les rangs de l’armée française dès son plus jeune âge lors de la Grande Guerre. D’où ce recueil de lettres réunies…
Qu’est ce qui ressort de ce journal et de ce retour en France? Trois parties se distinguent : des lettres écrites d’abord en 1947, puis en 1948 et enfin des propos non datés. Quelles que soient les périodes, il ressort des écrits une admiration sans borne de Malaparte pour Paris, qui confine presque à de l’amour. Il dépeint avec beaucoup de poésie la métropole, par petites touches de couleurs, comme le ferait un peintre avec sa palette. Mais le sentiment qu’il porte à l’égard des Français est beaucoup plus mitigé : s’il leur reconnaît leur goût de la liberté en premier lieu et leur émancipation au regard du christianisme pur et dur, il lui arrive aussi de les traiter parfois avec un peu de mépris, surtout lorsqu’ils se considèrent comme le seul véritable peuple à avoir organisé la Résistance face au fascisme. Il n’est d’ailleurs pas toujours très charitable non plus vis à vis du monde politique qui se retrouve à l’époque aux commandes de l’état, ce monde ne différant que très peu de celui de l’avant-guerre à ses yeux...De plus, compte tenu de sa nationalité italienne, pour le français moyen, Malaparte ne peut qu’être assimilé lui-même que comme un complice de Mussolini alors que la guerre vient juste de se terminer. Et puis, il est vrai qu’en 1947, les cicatrices laissées par les conflits sont encore très douloureuses dans les esprits qui cherchent des coupables, même si chacun reprend doucement goût à la vie. Malaparte exprime néanmoins une certaine bienveillance - bien qu’un brin condescendante - vis à vis de la population ouvrière qui vit dans les quartiers du nord et de l’est de la capitale, à propos de laquelle il procède à certains raccourcis politiques et économiques.

Mais la grande majorité des lettres sont les récits d’échanges et de rencontres avec le ‘gratin’ de la société. Les anecdotes fleurissent au cours de banquets, soirées, dîners ou déjeuners organisés dans des lieux privés ou établissements somptueux, au cours desquels l’écrivain retrouve bon nombre de connaissances, qui lui présentent à leur tour les personnalités politiques, littéraires ou artistiques en vogue dans l’après-guerre. Bien que certaines histoires ou digressions soient parfois intéressantes, témoignant de la  très riche culture de Malaparte, on se noie souvent dans le flot des noms des personnages présentés mêlés aux anonymes. Et pour ceux qui sont présentés, finalement peu d’entre eux  les noms sont passés à postérité.
On ne peut quand même qu’être impressionné par l’érudition de l’écrivain, qui lui provient de ses lectures multiples et par certaines de ses analyses qui pourraient être encore valables dans le monde d’aujourd’hui. Si les digressions à propos de philosophes grecs ou romains qui jalonnent certains moments du livre sont assez indigestes, l’ouvrage dans son ensemble ne manque toutefois pas d’intérêt. Que ce soit lorsque Malaparte s’attache à faire des comparaisons intéressantes sur l’évolution du christianisme et du catholicisme dans les différents pays d’Europe en fonction de la nature profonde et de l’éducation des peuples des différentes nations, ou lorsqu’il brosse un authentique portrait du tyran Mussolini, rebutant à souhaits lors d’une rencontre sous contrainte…

Nul doute que si Malaparte est le plus français des écrivains italiens, malgré une écriture brillante, un style d’une précision chirurgicale et des analyses souvent pertinentes, ce « Journal » a considérablement vieilli et est devenu difficilement accessible pour le lecteur non averti du XXIème siècle. D’autant qu’à mesure qu’on avance dans le livre, des répétitions nombreuses apparaissent qui finissent par nuire à l’intérêt général de l’ouvrage…On préférera donc se contenter de relire son plus grand roman « La Peau » qui paraît un peu plus accessible, ou de revoir son adaptation au cinéma.

Ma note : 12/20
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photo Vallecchi 1903