Au Théatre du Rond point, jusqu'au 9 mars 2019

Acteurs

Rachida Brakhni

Philippe Torreton

Maurin Ollès

Vincent Garanger

Frederico Semedo

Bénédicte Mbemba

 

Mise en scène : Arnaud Meunier

 

Résumé

La mort s’était assise dans un coin de la pièce. 
À l’aube des attentats du Bataclan, Énée doit soutenir son père qu’un cancer emporte. Les deux hommes tentent d’atteindre un pays rêvé. Fabrice Melquiot réinvente une odyssée, fable épique qui expose un monde d’aujourd’hui, en mouvement.


Énée quitte l’adolescence. Il porte le prénom du héros de L’Énéide, épopée de Virgile inspirée de L’Iliade et de L’Odyssée. Énée accompagne son père qu’un cancer emportera bientôt, il le porte. Il doit apprendre à le regarder mourir. Les deux hommes tentent d’atteindre les portes d’un pays rêvé, far west contemporain, bord de mer du Portugal où le père reposera peut-être. Autour d’eux, il y a les amis, les femmes, les doutes, puis les deuils, les trahisons et le rock. Il y a une amie au secret trouble et un copain musulman qui renonce à l’islam. Tout se passe aujourd’hui, à l’aube des attentats du Bataclan. Et tout vacille.
Fabrice Melquiot, auteur et directeur du Théâtre Am Stram Gram de Genève, a reçu en 2008 le prix du Théâtre de l’Académie française pour l’ensemble de son oeuvre. Arnaud Meunier, directeur de La Comédie de Saint-Étienne, a mis en scène au Rond-Point Le Problème de François Bégaudeau, Chapitres de la chute et Je crois en un seul dieu de Stefano Massini. Voyage initiatique, J’ai pris mon père sur mes épaules fête un théâtre épique des aventures humaines. Melquiot réinvente une odyssée, machinerie avec intrigues et sous-intrigues, western aux mots directs, dialogues cisaillés. La fable réaliste expose un monde en mouvement, avec ses accrocs et ses tremblements de terre.

Mon commentaire

Librement inspiré de l’Enéide de Virgile, « J’ai pris mon père sur les épaules » raconte l’épopée de Rock (Philippe Torreton), atteint d’un cancer, pris en charge par son fils Enée (Maurin Ollès) pour l’emmener vers le Far West européen, en l’occurrence le Portugal. Juste pour le besoin de s’échapper ensemble de l’environnement quotidien, des tremblements de terre fréquents et découvrir une douceur de vivre...Même si le Portugal ne constitue pas forcément la représentation parfaite du Paradis pour Roque.
L’action se situe dans les années 2010. Rock et son fils habitent une HLM : on découvre ainsi leur univers bigarré et cosmopolite. Une certaine harmonie règne au sein de ce microcosme : on y fait la connaissance d’Anissa (Rachida Brakni), une femme -pythie magnifique et digne qui nous annonce qu’elle est amoureuse de deux hommes à la fois. On rencontre également. Grinch (Vincent Garanger), l’ami de toujours de Roque, qui a perdu son fils, mais dont l’existence tourne autour de l’amitié sans faille qu’il porte à Roque... et puis Céleste (Bénédicte Mbemba), l’ancienne petite amie d’Enée. Mais la quiétude de tout ce petit monde va être bouleversée par l’apparition de la Mort, qui rôde alentour à mesure que la maladie progresse et que l’on voit déambuler au hasard des décors ..
La pièce « J’ai pris mon père sur mes épaules » est une création de la Compagnie de St Etienne, élaborée par Fabrice Melquiot, sur une très belle et originale mise en scène d’Arnaud Meunier. La pièce a commencé par être jouée à St Etienne et en province avant d’être présentée à Paris au Théâtre du Rond-Point, scène idéale pour la mise en valeur du décor aux multiples facettes, permettant de faire connaissance avec tous les personnages dans leur environnement quotidien.
Il règne une belle amitié complice dans ce microcosme, mais également une belle solidarité. Durant les presque 3 heures que dure la pièce, on assiste bien entendu à l’évolution de la maladie de Rock, au fil des événements réels et temporels qui émaillent le quotidien de l’époque, dont les abominables attentats du Bataclan. Le message délivré dans la pièce est une combinaison de gaieté mortifère et de désespérance joyeuse, mais le message est toujours le même, ce qui peut sembler à la longue assez pesant et engendrer des baisses dans l’attention des spectateurs.
Heureusement, l’interprétation est par ailleurs d’une qualité exceptionnelle, avec en tout premier lieu celles de Philippe Torreton et de Rachida Brakni mais aussi la fragilité du personnage d’Enée incarné ici par Maurin Ollès.
Un beau spectacle contemporain très visuel et intelligent qui néanmoins pêche par une durée excessive.

Ma note : 14/20