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Acteurs 

Jean Dujardin

Louis Garrel

Grégory Gadebois

Melvil Poupaud

Emmanuelle Seigner

Hervé Pierre

Wladimir Yordanoff

Vincent Perez

Mathieu Amalric

Laurent Stocker

Didier Sandre

Synopsis

Pendant les 12 années qu’elle dura, l’Affaire Dreyfus déchira la France, provoquant un véritable séisme dans le monde entier.
Dans cet immense scandale, le plus grand sans doute de la fin du XIXème siècle, se mêlent erreur judiciaire, déni de justice et antisémitisme. L’affaire est racontée du point de vue du Colonel Picquart qui, une fois nommé à la tête du contre-espionnage, va découvrir que les preuves contre le Capitaine Alfred Dreyfus avaient été fabriquées.
A partir de cet instant et au péril de sa carrière puis de sa vie, il n’aura de cesse d’identifier les vrais coupables et de réhabiliter Alfred Dreyfus

Mon commentaire

En 1895, le capitaine Alfred Dreyfus (Louis Garrel) est accusé par l’armée française d’avoir divulgué des informations confidentielles à une puissance étrangère. Jugé coupable de haute trahison aux yeux de tous- d’autant qu’il est juif et que monte inexorablement un sentiment antisémite parmi la population française- à l’issue d’un procès expéditif, il est expédié au bagne sur l’Ile du Diable, un caillou situé au large de Cayenne.

A Paris, le lieutenant-colonel Marie Georges Picquart (Jean Dujardin), l’instructeur du capitaine Dreyfus, est bientôt nommé à la tête du contre-espionnage. Mais dès son arrivée dans ses nouvelles fonctions, il va vite relever un certain nombre d’anomalies et d’irrégularités dans l’instruction du procès et découvrir que les preuves accusant Dreyfus ont été fabriquées de toute pièce. Bien que peu amène vis-à vis du condamné, Picquart va néanmoins s’employer à détricoter au péril de sa vie le complot pour faire éclater la vérité et confondre les coupables et le véritable espion.

Si tout le monde a connaissance de l’affaire Dreyfus depuis toujours dans sa globalité, bien peu d’entre nous connaissent les tenants et les aboutissants de cette sombre affaire qui a entouré sa déportation. Roman Polanski adapte ici à l’écran le roman « D » de Richard Harris II, coscénariste du film. Il nous communique de façon approfondie les éléments de l’affaire, en choisissant de nous tracer le portrait du colonel Picquart, personnage complexe célibataire ayant pour maîtresse Pauline Monnier (Emmanuelle Seigner) non seulement peu enclin à la clémence mais authentique antisémite comme il en existe de nombreux, qui néanmoins s’emploiera à redorer le blason de l’Armée, corps auquel il a consacré la quasi-totalité de sa vie professionelle … Il faudra à ce dernier de longs mois et un entêtement profond pour faire exploser la vérité, qui sortira dans le journal « l’Aurore » sous la plume d’Emile Zola.

Certains diront qu’à l’heure où Roman Polanski, metteur en scène certes brillant mais au passé sulfureux, fait l’objet dans les media de nouvelles plaintes pour violences sexuelles sur mineure pour des faits remontant à plus de 40 ans, il est difficile de réserver un accueil élogieux à sa nouvelle réalisation. Pour ma part, bien que m’opposant formellement à ces actes, j’ai quand même choisi d’aller voir le travail du réalisateur et de mettre entre parenthèses provisoirement les actes répréhensibles de l’homme. Ma curiosité que certains trouveront mal placée m’a néanmoins fait découvrir une fresque historique passionnante reconstituant avec précision des ambiances et notamment l’histoire de l’activité du contre-espionnage, servie aussi par de superbes images, que ce soit en décors naturels comme en décors artificiels tout à fait crédibles. On s’incline devant une distribution pléthorique constituée d’acteurs jouant au cordeau y compris pour les rôles les plus secondaires. La mise en scène est brillante, Polanski réussissant à émailler le récit ponctuellement des flashbacks explicatifs, comme si Picquart se remémorait des faits anodins qu’il avait ignorés à l’époque.

« J accuse » fait sûrement partie des meilleurs films du réalisateur, son talent s’affichant depuis la toute première scène magistrale du film de la dégradation de Dreyfus dans la cour de l’Ecole Militaire, jusque dans la peinture de la société de l’époque dépeignant une population en pleine déliquescence au bord de l’implosion, sans oublier une fin qui est loin d’être un happy end. Enfin, l’interprétation de Jean Dujardin dans ce personnage qui fait penser à un Sherlock Holmes déterminé et froid est également impressionnante : il rencontre là l’un de ses tous meilleurs rôles.

En résumé, Polanski nous livre un thriller historique et judiciaire de première qualité, le film a même obtenu un Lion d’Argent à la dernière Mostra de Venise. On regrette juste que ce soit l’œuvre d’un homme autrement reconnu depuis longtemps pour ses violences aux femmes qui sont restées impunies jusqu’alors.

Ma note :  17/20