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Résumé

Au Struthof (seul camp de concentration nazi ouvert sur le sol français), Pierre Delmain, écrivain et déporté politique, endosse un rôle déterminant : à mains nues, convoquant ses forces ultimes, il achève les déportés quand leur état les rend impropres aux « expériences scientifiques » menées sur place. Avec douceur, empathie, humanité. Il ne se le pardonne pas pour autant. Alors il s’échappe. Dans ses rêves. Littéralement.
À Paris, Saül Berstein, collectionneur d’art, retarde dans les vapeurs de mescaline et la fréquentation de la beauté le moment de croire à la violence et à la laideur extrêmes de l’horreur qui le traque.
Imprévisible et subtilement engagé, Raphaël Jérusalmy orchestre brève la rencontre cruciale de deux destins et accomplit un tour de force romanesque stupéfiant.

Mon Commentaire

Même s’il s’agit d’un très court roman, Raphaël Jérusalmy nous propose une œuvre choc, qui ne peut laisser de marbre, tant le sujet est sensible. À quels extrêmes abominables est-on prêt à accéder pour garder la vie sauve en cas de guerre ?

C’est pourtant le cas spécifique de Pierre Delmain, écrivain et déporté politique, dont le rôle déterminant est d’endosser celui du tueur de l’instant ultime, en charge d’achever à mains nues les déportés du camp de déportation du Struthof. Seul camp de déportation nazi installé sur le sol français, on y découvre la pratique d’expériences scientifiques sur les détenus. Pierre Delmain n’a guère le choix d’obéir, mais pour autant, il ne se pardonne pas ses exactions contraintes : pour tenir, sa seule échappatoire est de voyager par la pensée, dans ses rêves, au point de plus savoir parfois distinguer ceux-ci de la réalité.

Là où le romancier s’avère extrêmement créatif, c’est qu’il nous fait suivre en parallèle de la vie du bourreau, celle de Saül Bernstein, un collectionneur d’art parisien qui tente de retarder un destin ô combien prévisible par la consommation de psychotropes hallucinogènes. Mais un jour arrive pourtant où les vies de ces deux hommes vont se croiser, dans des circonstances toutes autres que celles qui auraient prévalu en temps de paix. Rencontre cruciale de deux destins…

La réussite de Raphaël Jérusalmy pour ce roman provient d’un subtil dosage des chapitres pour éviter de sombrer dans l’horreur pure. Il partage ses chapitres toujours assez courts entre la violence tragique du quotidien de Pierre Delmain dans le camp, ses songes d’ex-écrivain qui le transportent aux confins du monde et du temps, et l’existence plutôt dorée et insouciante de Bernstein d’avant la rencontre…

Un roman certes rude mais d’une incroyable force psychologique, qui combine traumatisme et empathie et témoigne de la fragilité de la vie.

Ma note : 15/20
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Photo Ulf Andersen- PhotoShelter