Résumé

Un professeur d’histoire contemporaine de l’université de Colombie-Britannique est persuadé que la mort successive de ses deux parents en 1967 et 1968 est liée à l’assassinat de Robert Kennedy. Le roman déroule en parallèle l’enquête sur son père, psychiatre renommé, spécialiste de l’hypnose, qui a quitté précipitamment la France avec sa mère à la fin des années quarante pour rejoindre le Canada et le parcours de Robert Kennedy. Celui-ci s’enfonce dans la dépression après l’assassinat de son frère John, avant de se décider à reprendre le flambeau familial pour l’élection présidentielle de 1968, sachant que cela le conduit à une mort inévitable. Ces deux histoires intimement liées sont prétextes à revisiter l’histoire des États-Unis des années soixante. Contre-culture et violence politique dominent cette période pourtant porteuse d’espoir pour une génération dont on comprend comment et par qui elle a été sacrifiée. Après La malédiction d'Edgar et Avenue des Géants, Marc Dugain revient avec ce roman ambitieux à ses sujets de prédilection où se côtoient psychose paranoïaque et besoin irrépressible de vérité.

Mon commentaire

Après « La malédiction d’Edgar » et « Avenue des Géants », pour son nouveau roman, Marc Dugain nous ramène dans une période de l’histoire des Etats Unis qu’il affectionne énormément, celle des années 1960, et plus particulièrement dans les périodes qui précèdent et suivent l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy, puis celle de la disparition de son frère Robert  Kennedy en 1968, alors qu’il s’apprête à devenir le candidat Démocrate face au Républicain Richard Nixon. Un professeur d’histoire contemporaine, Mark O’Dugain - peut être un double de l’auteur, pour rendre le roman plus authentique ? - en poste à Vancouver est intimement persuadé que la mort successive de se deux parents en 1967 et 1698 est liée à l’assassinat de Bobby Kennedy.

Le roman alterne le récit détaillé et précis des faits historiques autour du meurtre de John, pour lequel on découvre une personnalité et un tempérament beaucoup plus complexes qu’il n’y paraît, ainsi que l’histoire du père du professeur, psychiatre de grande renommée qui a mystérieusement quitté après la guerre la Grande Bretagne pour s’installer au Canada. Au milieu de ces étranges affaires, on suit bien entendu la vie de Robert Kennedy, le frère cadet en plein désarroi, qui ne parvient pas à comprendre qui est à l’origine du meurtre d’Atlanta. Il est évident que le désigné coupable Lee Harvey Oswald n’est qu’un bouc émissaire d’opportunité, alors que le vice président Johnson au profil trouble et sans scrupules tente d’ étouffer à tout prix toute velléité d’enquête sérieuse. Il faut dire que Robert n’a certes pas le charisme de son frère Jack, ni ses compétences et sa clairvoyance…Le professeur de son côté mène une enquête extrêmement sérieuse et difficile pour comprendre les motivations de ses parents qui se seraient « suicidés » tous deux à quelques mois d’écart. Il comprend assez vite que de nombreux éléments ont été volontairement occultés afin de ne pas être en mesure de découvrir la vérité.

Comme Marc Dugain domine son sujet sur le bout des doigts, il est impossible de lâcher la lecture du livre pendant une grande première moitié, tant on est emporté par les révélations sur la violence politique qui domine dans ces années là (et qui probablement domine encore de nos jours). On en apprend davantage sur l’Histoire de la baie des Cochons à Cuba, mais aussi sur les vraies raisons de la guerre du Vietnam qui coûtera tant de vies humaines du côté des soldats américains que du côté des ennemis Viêt-Cong, ainsi que sur la disparition de Matin Luther King. Parallèlement, on éprouve beaucoup d’intérêt pour l’enquête de fourmi menée par le professeur O’Dugain pour trouver des éléments et témoins lui permettant d’en savoir plus sur les « suicides » consécutifs de ses parents. Un travail très méticuleux a été effectué en amont pour mieux comprendre les origines géographiques, culturelles et religieuses de chacun d’entre eux qui forcément soulèvent un certain de nombre de questions sur leurs agissements futurs.

En revanche, le livre déçoit en fin de parcours par la lourdeur des répétitions inutiles suivant l’assassinat de Robert Kennedy, redites qui n’apportent guère plus d’éléments explicatifs sur les origines et les commanditaires du complot, dont le professeur – ou l’auteur quasi éponyme -  déclame par avance qu’il s’agit de " la CIA, la Mafia, les anticastristes, Johnson, les Texans, l'armée, même s'ils ne sont pas les commanditaires directs. Sans oublier l'industrie militaire, inquiète de la volonté de Kennedy de sortir du conflit vietnamien. "

Bref, le récit finit par s’embrouiller au fil des répétitions, avec comme conséquence pour le lecteur une espèce de tournis et des conclusions pas forcément très rassurantes, tant le doute finit par s’immiscer… sans compter qu’on y parle d’hypnose à haute dose utilisée à haute dose capable d’effets dévastateurs de masse !

Avec ce troisième opus sur le même sujet, on a l’impression que l’auteur est arrivé au bout de ses obsessions, sans pour autant découvrir la vérité. C’est un peu frustrant et désarmant, même si la double enquête et le fond historique constituent des fils conducteurs passionnants.

Ma note : 14/20