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Au Musée Maillol  jusqu'au 20 janvier 2019

Thématique :

À la rentrée 2018, l’artiste suisse Alberto Giacometti est à l'honneur au Musée Maillol. Cette exposition réalisée en collaboration avec la Fondation Giacometti, Paris propose une relecture de son oeuvre en dialogue avec les grands sculpteurs classiques et les modernes de son époque.

L’exposition présente plus de 50 sculptures de l’artiste, toutes issues de la collection de la Fondation Giacometti, mises en regard avec près de 25 oeuvres d’autres artistes majeurs tels que Rodin, Bourdelle, Maillol, Despiau, mais aussi Brancusi, Laurens, Lipchitz, Zadkine, Csaky ou encore Richier.

Giacometti : d’un style à l’autre

À travers un parcours chronologique et thématique, l’exposition met en lumière les relations entretenues avec ces artistes à chacune des étapes de l’évolution du style de Giacometti. Le parcours propose ainsi un éclairage nouveau sur la période méconnue d’avant-guerre : d’abord les oeuvres de jeunesse de Giacometti encore empreintes de modernité classique (Despiau, Maillol), puis une seconde section plus importante consacrée à la rencontre des avant-gardes parisiennes après 1925 (Zadkine, Lipchitz, Csaky).

La tentation de l’abstraction, en marge du surréalisme, est éclairée par de riches comparaisons (Brancusi, Laurens). Le retour définitif à la figuration d’après modèle de l’artiste après 1935, permet d’évoquer la formation de son style de la maturité. De manière thématique, l’exposition propose de nombreuses comparaisons avec Rodin, Bourdelle et Maillol : motif de la tête, question du socle, inspiration de la Haute Antiquité.

Un dialogue entre les sculptures

Les grands thèmes de l’après-guerre (groupes de figures, femme debout et homme qui marche), sont évoqués depuis leur source dans le surréalisme avec la Femme qui marche (1932) jusqu’aux oeuvres iconiques des années 1950-60 comme La Clairière (1950), Femme de Venise III (1956), ou encore l’Homme qui marche II (1960). Les orientations formelles de Giacometti sont analysées de façon novatrice par la comparaison avec plusieurs artistes de référence, en particulier Rodin, et avec certains de ses contemporains comme Richier.

Le parcours est enrichi d’une sélection d’arts graphiques et de documents d’archives. Faisant écho à l’atelier d’Aristide Maillol reconstitué au sein du musée, le mythique atelier parisien de Giacometti est également évoqué par un ensemble de lithographies de l’artiste et des photographies prises par certains des plus grands photographes du XXe siècle tels que Brassaï, Denise Colomb, Sabine Weiss ou Herbert Matter.

Mon commentaire

L’exposition « Entre avant-garde et tradition » organisée autour des œuvres d’Alberto Giacometti adopte l’esprit du musée Maillol, avec une étude intéressante des sources d’inspiration du sculpteur . On découvre ainsi que celles-ci sont d’origine variée, provenant par exemple des arts étrusque, égyptien voire mexicain, mais aussi de nombreux peintres ou sculpteurs antérieurs ou contemporains de son époque.

Après une formation auprès d’Antoine Bourdelle, Giacometti, comme beaucoup d’autres dans les années 20, sera inspiré par l’école du cubisme et du néo-cubisme, puis passera avant-guerre quelque temps par le surréalisme (il sera très lié avec André Breton), période durant laquelle il fabriquera des objets, avant de revenir ensuite au travail d’après nature et à la figuration. En résumé, au cours de sa vie, Giacometti a toujours fait preuve d’une grande indépendance. Il a particulièrement travaillé également sur l’importance du socle pour présenter ses œuvres et sur le rapport d’échelle.

On connait bien entendu d’Alberto Giacometti son profond intérêt pour le mouvement, puisque ‘l’homme qui marche » ou « la femme qui marche » constituent la quintessence de son œuvre et l’ont rendu internationalement célèbre. Mais dans cette magnifique et riche exposition, on découvre aussi sa prédilection pour la réalisation de sculptures de portraits, mais plus encore de têtes, Giacometti prenant souvent comme modèle son frère Diego ou bien sa femme Annette. Au cours des années, il jouera de plus en plus sur le contraste en la finesse des représentations des têtes tirées en plâtre retravaillées au canif et la taille des visages et l’imposante présence de socles parfois disproportionnés accentuant l’impression de vide qui entoure ces têtes.

Sur la thématique du mouvement, on va retrouver lors de l’exposition le croquis dessiné à même le livre aux côtés de la reproduction de « l’homme qui marche » de Rodin . La passion de Giacometti, c’est clairement la reproduction du mouvement ; mais contrairement à son modèle, il étire ses sculptures au maximum en les rendant filiformes, la peau de l’individu représenté constituant simplement une petite protection vis-à-vis du monde extérieur. La posture est raide, le regard de la sculpture dirigé vers l’horizon, les bras ballants, les jambes d’une longueur extrême mais avec des pieds surdimensionnés en trapèze, englués dans une sorte de glaise. Cependant, l’image qui ressort est celle de la force de caractère avec une véritable envie de s’en sortir. Les femmes maigres et longilignes, dont les attributs sont totalement ignorés, feront, elles aussi l’objet d’un traitement spécifique à partir des années 30, soit une bonne dizaine d’années après l’homme.

Autre caractéristique de l’œuvre de Giacometti : c’est l’un des artistes qui n’hésitera pas à introduire de la peinture dans ses sculptures, comme pour les rendre plus vivantes.

Dans cette superbe exposition du Musée Maillol, la juxtaposition des pièces de Giacometti avec ses sources d’inspiration, réalisées par des prédécesseurs ou par ses contemporains éclaire sa production d’une lumière particulièrement intéressante qui prouve qu’au-delà de certaines périodes d’inspiration dues à de grands mouvements artistiques, Giacometti a toujours voulu conserver une indépendance dans sa créativité qui lui permettra de rester un créateur à l’esprit résolu moderne et inventif.

Ma note : 15/20
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Giacometti dans son atelier (photo perso)

La femme qui marche (photo perso)

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lL'homme qui marche de Rodin (photo perso)

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Simone de Beauvoir  (photo perso )

l'homme qui marche II (photo perso)