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Résumé

Un matin de la Grande Guerre, le capitaine Armand siffle l’attaque contre l’ennemi allemand. Les soldats s’élancent. Dans leurs rangs, Alfa Ndiaye et Mademba Diop, deux tirailleurs sénégalais parmi tous ceux qui se battent sous le drapeau français. Quelques mètres après avoir jailli de la tranchée, Mademba tombe, blessé à mort, sous les yeux d’Alfa, son ami d’enfance, son plus que frère. Alfa se retrouve seul dans la folie du grand massacre, sa raison s’enfuit. Lui, le paysan d’Afrique, va distribuer la mort sur cette terre sans nom. Détaché de tout, y compris de lui-même, il répand sa propre violence, sème l’effroi. Au point d’effrayer ses camarades. Son évacuation à l’Arrière est le prélude à une remémoration de son passé en Afrique, tout un monde à la fois perdu et ressuscité dont la convocation fait figure d’ultime et splendide résistance à la première boucherie de l’ère moderne. 
 

Né à Paris en 1966, David Diop a grandi au Sénégal. Il est actuellement maître de conférence à l’université de Pau.

Mon Commentaire

Encore un roman qui revient sur l’histoire de la « Grande Guerre », celle de 1914-18, celle des tranchées et de la chair à obus…Avec néanmoins une différence importante, car ici l’écrivain David Diop pour son premier roman rappelle combien les Africains, notamment des tirailleurs sénégalais ont été enrôlés dans le conflit aux côtés des conscrits français pour défendre les idéaux de la République Française face à l’ennemi allemand.

Ainsi, dès les premières pages, au coup de sifflet du capitaine Armand, nous faisons la connaissance de deux d’entre eux, Alfa Ndiaye et Mademba Diop, deux amis d’enfance. Mais quelques mètres après avoir quitté la tranchée, Mademba tombe, mortellement blessé, sous les yeux d’Alfa, son « plus que frère », qui n’aura de cesse de rapatrier au camp ce qui reste de la dépouille de son ami.

Difficile pour Alfa d’accepter cette disparition. Il n’aura de cesse que de venger Mademba en s’infiltrant dans le camp ennemi au fil des jours qui suivent en procédant à des exécutions d’une violence et d’une cruauté peu banales. Si dans un premier temps, les trophées qu’il rapporte sont bien accueillis, petit à petit, la folie qui se dégage de ses actes barbares commence même à inquiéter dans son propre entourage. Au point qu’Alfa va finir par être évacué à l’Arrière, dans un repos forcé au cours duquel Alfa va se remémorer son enfance en Afrique, ainsi que tout le cheminement suivi jusqu’à son arrivée au front…

Une fois passées les premières pages extrêmement crues mais décrivant avec une précision chirurgicale l’horreur de l’état des victimes sur les champs de bataille, on se rôde petit à petit aux incantations répétitives d’Alfa, ressassées un peu à la manière d’un « griot » africain. Les répétitions rabâchées comme des mantras dans ce style oral naïf finissent même par donner le tournis, mais donnent au roman un aspect réellement authentique comme le feraient de véritables témoignages visuels. Et puis, au détour des souvenirs évoqués par Alfa sur son enfance au Sénégal dans son village de Gandiol, subitement affleurent des sentiments beaucoup plus nobles et plus complexes. Malgré des apparences trompeuses dues à la folie du conflit, Alfa n’est certes pas qu’un simple soldat avide de violence et qui sait parfaitement faire preuve de discernement dans ses réflexions et dans son comportement.

Ce premier roman de David Diop est sans aucun doute une grande réussite : il parvient en un nombre très limité de pages avec un style concis et efficace à  poser la question sur le degré acceptable de la barbarie de la guerre. En effet, qui du soldat ou du gradé  est le plus à blâmer : le soldat atteint de folie qui cherche à venger un ami ou le gradé qui siffle l’assaut à des troupes qui vont être déchiquetées par des obus ennemis ? Un roman très original aussi dérangeant et subversif que l’avait été « Au revoir là-haut » de Pierre Lemaître.

 

« Frère d’âme » s’est vu décerner le Prix Goncourt des Lycéens 2018

Ma note : 15/20
photo  le Parisien 

Photo rfi